Réalisé en 2019 par Harry Lighton, Marco Alessi et Matthew Jacobs Morgan (dans l’ordre donné par le générique), Pompeii est un court métrage de 9 minutes. Il montre Tam dans un métro la nuit, scrollant diverses stories postées (selfies, vidéos de scènes intimes, de groupes dans le métro, de potes devant un club gay, prises de vues volées…) qui permettent de retracer sa virée d’un soir d’Halloween. Elle commençait bien, cette soirée, qui faisait de Tam presque le roi ou la reine de la fête ; elle se termine affreusement, dans la solitude d’un métro londonien, après que Tam a été jeté du Pompéi, un club gay interdit aux femmes et aux travestis, pour le seul fait de porter des boucles d’oreilles…
Sa tenue queer lui vaut des regards en coin des autres passagers du métro, mais ce n’est rien à côté de la violence du rejet des videurs et de l’abandon de ses potes. L’interprète de Tam, Otamere Guobadia, avait écrit en 2018 un article dénonçant la misogynie qui règne dans certains clubs gays londoniens (mais aussi parisiens), article qui, selon les dires des réalisateurs, a été à l’origine de ce film. Avec les trois réalisateurs, ce sont donc quatre mecs qui proposent un regard acide sur un regard masculiniste. Et c’est heureux, car cela rappelle que la discrimination engendre des victimes directes, celles et ceux qu’elle vise, mais aussi des victimes indirectes : celles et ceux que l’on assigne à une communauté dont iels rejettent les valeurs.
Le titre Pompeii, s’il peut de prime abord renvoyer à un imaginaire de péplums (il y a bien des films qui s’intitulent ainsi) et à leurs codes masculins exacerbés, s’explique surtout, probablement, par l’idée que la cendre peut ensevelir ce qui se voulait festif, vivant, flamboyant : les stories que Tam regarde dans le métro ressemblent déjà aux vestiges d’une fête et d’une communauté disparues.
Sans nier le rôle de ses deux coréalisateurs, on trouve clairement la griffe de Harry Lighton, qui aime, avec une légèreté qui se fait progressivement troublante et cruelle, interroger et déjouer les codes des communautés queer – comme dans ses courts précédents (Wren Boys, Leash) ou dans son premier long-métrage, Pillion. D’une certaine manière, le cinéma de Lighton semble proposer une forme de queer au second degré, de métaqueer en somme… Ici, il questionne la masculinité et les violences qui se jouent dans des communautés qui, pourtant discriminées, trouvent le moyen de reproduire les mécanismes normatifs et violents qu’elles prétendent fuir – et, comme souvent chez Lighton, ce qui semble une réflexion très localisée s’universalise, car elle s’applique bien au-delà de la communauté gay.