Pompoko n'est pas si facile d'accès avec son approche de chronique militaire (sa voix off très didactique pourrait aussi faire penser à Combat sans code d'honneur), ce qui se traduit par un rythme en dents de scie et un sentiment de redondance narrative. Mais une fois surmonté cet obstacle, le film est une féérie visuelle qui ne fait pas ses 30 ans, que ce soit dans les splendides paysages ou dans la maitrise de son animation : les transformations sont d'une grande fluidité et participent d'un émerveillement qui explose lors de la mythique parade de yokais. C'est alors une injection intraveineuse de pur folklore nippon, dans tout son exotisme dépaysant et fascinant.
Mais attention, car derrière son aspect festif et presque enfantin, Pompoko s'avère rapidement être un drame bouleversant : on assiste en effet à l'inéluctable extermination d'un peuple et d'un mode de vie, à une résistance vaine mais qui assume sa part de violence (il y a tout de même des morts humaines), au pourrissement de l'âme vers des pulsions mortifères (le vieux maitre qui emmène tous les tanukis normaux vers un funeste destin), avec une conclusion déprimante à souhait sur la nécessaire adaptation des transformistes à un mode de vie citadin insensé. De quoi raviver son dégoût de notre fonctionnement collectif et de notre hégémonie destructrice sur la nature (la scène la plus terrible en ce qui me concerne étant ces enfants sur leur balcon, ravis de voir de jolis petits animaux à qui ils voudraient jeter un peu de nourriture).
Pompoko peut aussi être vu comme une allégorie de la fin de l'enfance et de la perte de l'insouciance, les tanukis étant beaucoup rattachés à des comptines enfantines, et leur transformation les amenant à devoir apprendre les codes de la société des humains/adultes. On pourrait aussi lui reprocher une certaine idéalisation passéiste. Mais quand on voit l'état actuel de la planète, on ne peut pas lui donner totalement tort.