Pompoko
7.2
Pompoko

Long-métrage d'animation de Isao Takahata (1994)

Tout est perdu, même l’honneur

Rendez à cette épopée son titre véritable : Pompoko, la grande guerre des tanukis de l’ère Heisei. Vous n’êtes pas conviés à une douce comédie d’animaux parlants et pelucheux, mais à une tragédie. Au naturel, le tanuki est un chien viverrin ressemblant à notre raton-laveur. Dans la mythologie japonaise, il est l’un des yōkai (esprits) de la forêt, un lutin réputé pouvoir changer de forme à volonté en jouant sur l’élasticité de ses testicules.


Commençons par émettre deux légères réserves. Pompoko souffre de longueurs et le parti pris de lui donner la forme d’un documentaire présenté par une voix off n’arrange pas les choses. C’est fait.


À l’inverse de son compère Hayao Miyazaki, Isao Takahata n’est pas un dessinateur, mais un scénariste et réalisateur qui choisit un « caracter design », ici celui de Shinji Ôtsuka, pour mettre en image son projet. Le résultat est beau et les tanukis attachants.


Dans une première partie, Takahata présente ses héros. Jadis, ils ont décidé de fuir les êtres humains. Depuis, ils vivent de chasse, de cueillette et de larcins opérés en ville. La plupart ont oublié leur fantastique talent. Ils peuvent prendre trois formes :
- Une version animale, celle qu’ils réservent aux humains.
- Un aspect anthropomorphe. Les tanukis vivent en communauté. Ils aiment faire la fête, manger, boire et se lancer dans des controverses. Ils sont naturellement feignants et gentiment belliqueux.
- Un aspect surprenant, car juste esquissé ; un hommage au crayonné de Shigeru Sugiura (1908-2000) ; quand ils sont exténués, ivres ou affolés.


La princesse Mononoké était confrontée au déclin des kamis, les divinités tutélaires de toutes les choses. Miyazaki prenait la liberté de leur donner forme animale : loups, sangliers ou orang-outang géants et parlant. La mythologie de Takahata est plus originale. Par un effort intense, les tanukis changent de forme. Ils revêtent, notamment, l’aspect de divinités shintoïstes ou bouddhistes. Les plus habiles des anciens sont considérés comme des maîtres, ils vivent dans des temples et sont vénérés par les humains attachés aux anciens rites. Les tanukis semblent abuser de notre crédulité.


Tokyo attire toujours plus de Japonais et doit grandir. Sa croissance opère au détriment de la haute vallée de la Tama, territoire ancestral des tanukis. Confrontés au bétonnage de leurs terres, ils se résolvent à se battre avec leurs armes, leur pouvoir de transformiste. Comme jadis, ils effrayeront les envahisseurs en recourant aux vieilles terreurs, fantômes et esprits guerriers. S’ils affolent quelques ouvriers, ces derniers ont tôt fait d’être remplacés, l’argent a raison des peurs. Les autres croient assister à un spectacle, ils applaudissent et en redemandent. Les humains ne craignent plus le fantastique. Leur crainte s'est muée en divertissement, pis, en indifférence. Les dieux ne sont plus. Les hommes se sont accaparés le pouvoir de destruction et la domination sur la nature. Quand les plus âgés, imprégnés de savoir traditionnel, envisagent que des tanukis seraient à l’œuvre, la police intervient et pose des pièges mortels.


La grande bataille est perdue. Les guerriers sont tués au combat. Les transformistes se feront humains. Les rescapés survivront dans des bois épargnés par l’urbanisation. Le combat des tanukis fait écho à celui, perdu, par tant de peuples premiers, réduits à l’assimilation ou à la survie dans de sinistres, bien que protégées, réserves. Ma fille est déçue : c’est trop triste. C’est vrai.

Créée

le 31 janv. 2019

Critique lue 2.5K fois

Step de Boisse

Écrit par

Critique lue 2.5K fois

56
5

D'autres avis sur Pompoko

Pompoko

Pompoko

10

Emmanuel_Sorin

le 27 déc. 2014

Suivre

"Le vent se lève, il faut tenter de vivre"

♫ Tanuki-san, Tanuki-san, asabo janai ka ? ♪ Ima gohan no massaichu. ♫ Okazu wa nani ? ♪ Umeboshi koko ♫ Hito kire choudai ? ♪ Ara anta chotto ga tsukine ! - Tanuki-san, Tanuki-san, veux-tu...

Pompoko

Pompoko

7

Tezuka

le 24 juil. 2015

Suivre

L'abeille coule

Ah, Pompoko. Ses tanukis malins et facétieux. Son hymne à la nature, son chant contre la déforestation. Sa poésie, son lyrisme, son humour. Son récit faussement naïf, semblant parfois sur le point...

Pompoko

Pompoko

6

Plume231

le 20 sept. 2013

Suivre

Le fond est là, l'humour idem, l'animation OK, l'imagination OK, le style OK, les personnages euh...

Autant je peux prétendre aujourd'hui bien connaître l'univers de Hayao Miyazaki, autant celui de l'autre grand du Studio Ghibli m'est encore assez inconnu à l'exception de l'incontournable et du...

Du même critique

Gran Torino

Gran Torino

10

SBoisse

le 14 oct. 2016

Suivre

Ma vie avec Clint

Clint est octogénaire. Je suis Clint depuis 1976. Ne souriez pas, notre langue, dont les puristes vantent l’inestimable précision, peut prêter à confusion. Je ne prétends pas être Clint, mais...

Astérix en Corse - Astérix, tome 20

Astérix en Corse - Astérix, tome 20

10

SBoisse

le 11 juin 2016

Suivre

Papa, Astérix et moi

J’avais sept ans. Mon père, ce géant au regard si doux, déposait une bande dessinée sur la table basse du salon. Il souriait. Papa parlait peu et riait moins encore. Or, dans la semaine qui suivit, à...

Mon voisin Totoro

Mon voisin Totoro

10

SBoisse

le 20 nov. 2017

Suivre

Ame d’enfant et gros câlins

Je dois à Hayao Miyazaki mon passage à l’âge adulte. Il était temps, j’avais 35 ans. Ne vous méprenez pas, j’étais marié, père de famille et autonome financièrement. Seulement, ma vision du monde...