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Jungle urbaine.
A l'instar d'un "Robocop 2" sorti à la même période, "Predator 2" traîne une réputation merdique de suite de seconde zone, complètement bouffée par l'aura de son prestigieux modèle. Injuste, tant le...
le 8 avr. 2013
En 1987, Predator est un succès commercial retentissant. Réalisé par John McTiernan et porté par Arnold Schwarzenegger, le film mélange action musclée et science-fiction avec une tension digne d’un thriller. Fort de ce succès, la 20th Century FOX décide naturellement de mettre en chantier une suite, espérant capitaliser sur la popularité du monstre extra-terrestre et de son univers brutal.
Les frères Jim Thomas et John Thomas, déjà auteurs du script original, reviennent a l’écriture. Les deux scénaristes souhaitent renouveler la formule. Plutôt que de répéter l’affrontement dans un environnement tropical, ils décident de transposer la chasse du Predator dans un tout autre cadre : la jungle urbaine. L’idée est de faire évoluer la créature dans un milieu moderne, dense et violent, en plein cœur d’une grande métropole.
Arnold Schwarzenegger est approché pour reprendre son rôle iconique du Major Dutch Schaefer. Toutefois, des désaccords sur le cachet proposé par la production l’amènent à décliner l’offre. Les producteurs se retrouvent alors sans tête d’affiche et envisagent plusieurs options. Parmi elles, Steven Seagal, encore auréolé de ses premiers succès. Mais son style, jugé trop excessif et imprévisible, les pousse à se rétracter. Heureusement ! Ils vont opter finalement pour un acteur radicalement différent, qui sera plus âgé, plus humain, aux antipodes des stéréotypes de l’action des années 80 : vulnérable mais tenace, crédible dans un rôle de policier urbain confronté à l’inexplicable.
John McTiernan décline également l’offre de réalisation. Il choisit de se consacrer à un autre projet d’envergure : The Hunt for Red October, adaptation d’un roman de Tom Clancy, avec Sean Connery en vedette. Ce refus oblige la production à trouver un nouveau réalisateur capable de conserver l’intensité du premier tout en explorant un nouvel environnement.
Stephen Hopkins, connu pour avoir dirigé une des mauvaises suites de la saga Nightmare on Elm Street, est choisit par la 20th Century FOX. Son expérience dans le cinéma de genre et son style visuel énergique convainquent le studio. Il prend donc les rênes de ce projet ambitieux et s’attèle à livrer une suite à la fois fidèle à l’esprit de l’original et adaptée à l’évolution du contexte.
En 1991, Predator 2 sort en salles et me fait développer un culte pour son univers qui enrichie le lore du Predator.
Le tout premier plan joue sur une continuité visuelle avec Predator : la caméra semble survoler une jungle luxuriante. Mais le leurre est de courte durée. Très vite, le paysage se transforme pour révéler la ville de Los Angeles, étouffante, surpeuplée, baignée dans une chaleur suffocante. Ce glissement visuel symbolise parfaitement le changement de décor : fini la nature sauvage, bienvenue dans la jungle urbaine. L’air est moite, les rues sont trempées de sueur, de sang, de peur, un terrain de chasse tout aussi impitoyable pour le Predator, voire plus encore, car la proie humaine y est armée, paranoïaque et en guerre contre elle-même.
Ce Los Angeles est une vision cauchemardesque du futur proche, ou plutôt, de ce que les années 90 imaginaient comme une extrapolation anxiogène. L’action se situe dans une ville ravagée par la guerre des gangs, où la police est dépassée et les rues ressemblent à des zones de guerre. La violence est omniprésente, et certains éléments frisent l’exagération, notamment la représentation stéréotypée des gangs, en particulier celui qui mêle figures afro-caribéennes, drogue et rites vaudous. Le film flirte ici avec une esthétique quasi-fantastique, tant l’univers semble déréalisé. Et cela, avant même que le monstre ne fasse son apparition.
Danny Glover incarne un héros aux antipodes du premier film. Oubliez les muscles huilés de Dutch Schaefer : ici, le protagoniste principal est le lieutenant Mike Harrigan, un vétéran de la police de Los Angeles, joué par un Glover impressionnant de présence. Il n’est pas un soldat, mais un flic, un homme de terrain, intelligent, épuisé par le chaos mais profondément humain. Loin de la toute-puissance de Schwarzenegger, Glover campe un héros vulnérable, crédible, dont le charisme repose sur la résilience, l’expérience et la rage de protéger les siens. Ce contraste renforce l’originalité de la suite, qui cherche à explorer d’autres figures héroïques.
Bill Paxton, Maria Conchita Alonso et Ruben Blades incarnent autour de Mike Harrigan son équipe de terrain, noyau soudé face au chaos ambiant. Paxton dans un rôle plus comique et nerveux, apporte une touche d’énergie brute, à la fois grande gueule et attachant ; Conchita Alonso en flic dure à cuire, impose un vrai tempérament et casse les clichés de la femme de service présent dans l’opus précédent ; Blades discret mais juste, incarne le collègue loyal, presque fraternel. Tous vont devoir affronter non seulement les gangs déchaînés de la ville… Mais aussi un chasseur bien plus dangereux encore.
Le cœur du film bascule dans la traque : une véritable chasse en milieu urbain. À la différence du premier film, les humains ici ne cherchent pas à fusionner avec la nature, mais à utiliser les outils, la technologie, le béton et la ruse pour survivre. Le Predator, toujours aussi méthodique, s’adapte lui aussi à cet environnement nouveau, démontrant qu’il est bien plus qu’un simple tueur. On découvre ses codes, ses rituels, ses règles tacites. Le film enrichit ainsi le lore de la créature, posant les fondations d’un univers plus vaste et intriguant.
La créature emblématique reste une réussite totale. Grâce aux effets spéciaux pratiques signés Stan Winston et à la performance physique de Kevin Peter Hall, le Predator gagne en présence. Son design est légèrement modifié, plus ornementé, plus tribal, et ses gadgets (disque de lancer, filet tranchant, lance plasmique) évoluent pour s’adapter à la ville. Le tout fonctionne à merveille, et le monstre reste toujours aussi fascinant : une silhouette entre chasseur antique, guerrier samouraï et entité extraterrestre.
Comment ne pas parler des dernières minutes du film, où, Mike Harrigan se retrouve à bord du vaisseau des Predators. C’est là qu’il découvre un véritable musée de chasse, avec une collection de crânes parmi lesquels se distingue clairement celui d’un Xénomorphe. Ce clin d’œil à la saga Alien n’était pas anodin : il faisait écho aux comics Aliens vs. Predator, déjà populaires à l’époque. Cette simple image nourrira pendant des années les fantasmes des fans.
Alan Silvestri reprend du service, et signe une bande originale à la hauteur de son prédécesseur. Il réutilise certains thèmes iconiques, percussions tribales, cordes tendues, motifs menaçants, tout en injectant des sonorités plus urbaines et modernes. Sa musique contribue à maintenir le lien entre les deux films, tout en renforçant la tension de ce nouveau terrain de chasse.
Predator 2 n’a pas eu le même impact que le premier film. Trop sombre, trop différent, sorti dans une période trouble (notamment après les émeutes de Los Angeles), il a dérouté une partie du public. Pourtant, il m’apparaît comme une suite audacieuse, qui ose renouveler les codes, explorer un autre type de héros, enrichir le mythe du Predator. Un film plus rugueux, plus chaotique, mais qui, dans sa démesure, a su marquer les esprits et poser les bases d’un univers étendu qui passionne encore les fans.
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le 10 juin 2025
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