7eme film d’une de ces franchises à rallonge, dont Hollywood a maintenant le secret, oscillant entre le très bon (le 1er bien évidemment, la très bonne surprise Prey) et le très mauvais (Predator 2, The Predator), cet opus a d’abord le mérite de proposer une approche novatrice en adoptant pour la première fois le point de vue du « monstre ». Et en ne mettant en scène aucun personnage d’humain.
On pourra presque regretter que le film innove aussi avec sa conclusion qui laisse présager une suite directe, sachant que l’un des grands intérêts de la saga était le caractère anthologique de chacun de ces épisodes. Difficile de ne pas voir ici la matérialisation de la reprise en main de la saga par Disney- un point qui constitue à mon sens le véritable cœur du film.
Si j’aime plutôt beaucoup le film, il faut passer sur les nombreuses facilités scénaristiques qui le parcourent , cette pirouette un peu improbable avec Elle Fanning qui en un claquement de doigts permet leur compréhension mutuelle (alors qu’il parle une méga langue extraterrestre de l’espace), Elle Fanning qui, sur zéro jambe, sauve Dek d’une mort certaine alors que 10 sec après et tout le reste du film elle galère à se déplacer, la liste est plutôt longue mais soyons indulgent car le film possède selon moi beaucoup d’autres qualités qui en font un blockbuster hyper efficace , sans temps mort, avec une ligne directrice scénaristique simple mais tenue (en gros, Dek se trouve une nouvelle famille et en devient meilleur, ça pue dis comme ça mais ça fonctionne globalement très bien dans le film).
Petit bémol sur certaines scènes d’action qui manquent de fluidité, je pense à la scène de la jambe, top sur le papier, mais pourquoi les droïdes en face sont si lents ? C’est d’autant plus frustrant que les effets spéciaux sont globalement très réussis.
Là où je trouve le film vraiment fort et sur un aspect où personne ne l’attendait, c’est que c’est un pur film de monstres. Avec un bestiaire franchement cool, divers et généreux. On a même droit à notre petit monstre Disney clairement pensé pour devenir un mignon produit dérivé. Dans un Predator, l’effet est inattendu… puis on se souvient que Disney a racheté la Fox en 2018 et tout s’explique.
D’ailleurs, Disney c’est le gros sujet du film.
J’ai l’impression que c’est sur Badlands que Trachtenberg a réellement dû composer avec la présence du studio. Déjà, « Prey » et « Killers of the Killers » étaient destinés à une diffusion sur les plateformes, avec une pression moindre et surtout une saga dont on attendait plus grand-chose. Il avait donc une totale liberté pour faire ce qu’il voulait (surtout sur Prey), et ça a fonctionné à fond, le film étant une belle réussite, publique et critique.
Mais sur Badlands, Disney a misé sur une sortie en salle. Et sur un début de franchise, vu que la suite sera une vraie suite. Et surtout, Disney a fait comprendre au monde entier que Badlands annoncerait pour de bon le retour d’un « Alien VS Predator » que personne ne réclamait vraiment.
Tout semblait donc réuni pour voir débarquer un Xénomorphe, d’autant que le film multiplie les occasions : le laboratoire à la fin (qui rappelle celui de Alien Earth), le bestiaire foisonnant, les nombreux clins d’œil appuyés à la saga.
Mais pas de Xénomorphe. Une absence qui explique peut-être le bouche à oreilles tiède et le box-office finalement mitigé après un bon démarrage.
J’ai le sentiment de voir un Trachtenberg pris en étau avec Disney et son Alien vs Predator à prévendre et lui qui veut poursuivre son exploration de l’univers d’une franchise qu’il adore.
La meilleure illustration de ce tiraillement, selon moi, c’est le personnage du frère chargé au début du film de tuer Dek, ce qu’il s’évertue avec faire avec beaucoup d’application vu qu’il le laisse pour mort après l’avoir balancé d’une falaise. Mais une petite ficelle scénaristique sauve le personnage principal. 3 scènes plus tard, face au père qui est le grand méchant du film, le frère change brusquement de camp, après une scène balourde d’explication furtive, trahissant son père et la mission qu’il avait quasiment accomplie 3 minutes avant.
Revirement peu crédible.
Pourquoi ce changement soudain ?
Moi j’y vois un petit tacle subtil assez savoureux. Ce frère c’est Trachtenberg lui-même. Il a une mission, ramener du xénomorphe dans Predator, il semble l’accomplir puis finalement se ravise. J’y vois clairement le dilemme du réalisateur face à Disney tout puissant à qui il donne de quoi manger avec toutes les références à Alien pour être un peu tranquille pour faire le film de monstres qu’il avait en tête.
Badlands est donc un film un peu hybride, coincé entre deux très bonnes idées et la vision (nulle) de Disney pour la suite de la saga.
A l’image de son héros, attachant et en quête de reconnaissance, Badlands cherche sa place dans une saga qui semble infinie. Le résultat reste imparfait, mais étonnamment stimulant.