Il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire sur ce film haha. Il faudrait écrire un livre dessus tellement il y a de remarques à faire. Je pense que j'ai vu ce film la première fois sur la plateforme Mycanal en 2017-2018, autour de sa sortie quoi. A l'époque, j'avais bien aimé le film. Mais on n'est pas sérieux quand on a 17 ans (mon âge à l'époque). Je croyais alors que Macron était centriste, que la ZAD était un truc chelou, et quelle idée de vivre sans téléphone?
Commençons par les points positifs du film. L'idée de base du film (scénario écrit par Noé Debré et Blanche Gardin) est une bonne idée: mettre en lumière les paradigmes différents entre une famille parisienne "moderne" et des Zadistes. Le couple parisien est composé de Victor (Eric Judor) et Jeanne (Celia Rosich) Le personnage de Patrice (Monsieur Fraize) est génial, en mec paumé, un "humanoïde" comme dirait Nekfeu. Autrement dit "un mec qui a des putains de valeurs mais les défend mal" (Nekfeu-Humanoïde). Dans le même temps, sa maladresse est très drôle. Monsieur Fraize est très bon pour créer des malaises, comme en témoigne son personnage, lui qui fait également du stand-up. Le fait que Victor (Eric Judor), personnage principal du film, ait une certaine autodérision et se rende régulièrement ridicule permet (dans une certaine mesure) de limiter la critique négative de la ZAD. Le personnage de Simon, bien interprété par Youssef Hajdi, montre bien notre attachement extrêmement fort à la notion de confort. D'après le site écologiste Reporterre, il s'agit du premier film grand public à parler de la ZAD, pour des gens (de gauche a priori) comme moi, c'est une expérience intéressante à observer, même si je vais maintenant parler de la représentation de la ZAD dans le film.
Les points négatifs selon moi. La représentation de la ZAD est clairement à charge. Malgré quelques éléments plus ou moins positifs (l'humanité de Philippine (Dorothée Pousseo), Jean-Paul (Michel Nabokov) globalement dépeint comme un chef de communauté courageux), la satire est très dure. Les membres de la communauté sont globalement dépeints comme des gens paumés, et cela décrédibilise un discours féministe (par exemple la volonté de Gaya (Blanche Gardin) de remettre en cause le patriarcat), pour les droits des transgenres ("on sait pas quel sexe il a L'Enfant, c'est marrant" (le fils ou la fille de Gaya), qui remet en cause le système scolaire ("l'école est élitiste et reproduit les inégalités". Oui c'est vrai, dommage que les scénaristes ne soient pas au courant de l'existence de la sociologie apparemment) etc. La communauté héberge également un SDF (Claude, Bun-Hay Mean), et apparemment c'est un problème parce qu'un SDF ça pue et c'est con. La dernière partie du film est horrible, on a une espèce de happy end qui n'a absolument aucun sens. Victor, qui se trouve être une sorte de pédophile (il cherche à tout prix à coucher avec Maeva (Claire Chust), personnage qui a 15 ans, et il tente de regarder si l'Enfant a un pénis "pour connaitre son sexe". Sa femme, Jeanne, est d'abord scandalisée, puis revient vers lui comme par magie. Son personnage n'a d'ailleurs aucune profondeur, c'est juste la femme de Victor. Les 2 blagues grossophobes ("grosse vache!") viennent parachever l'aspect réactionnaire du film. Enfin, d'un point de vue esthétique, le film ne propose pas grand chose d'un point de vue formel, c'est filmé de manière très classique.
En somme, il s'agit pour moi d'un film avec une idée de base de faire se rencontrer la société moderne capitaliste et la ZAD intéressante, mais qui donne un résultat pas terrible.