Annoncé depuis quelques années, le projet d’une préquelle au célèbre film de Ridley Scott «Alien», est enfin lancé en 2009. Cela faisait un moment que le cinéaste prévoyait de se replonger dans l’univers anxiogène de sa mythique saga pour ce qui devait être initialement une simple suite.
La Fox, peu emballée au départ, préfère développer une nouvelle franchise originale adaptée du comics à succès «Alien Vs Predator». James Cameron est sollicité mais lance immédiatement un refus catégorique, estimant que ce croisement allait tuer les deux franchises. On ne peut que lui donner raison quand on voit le résultat. Deux films extrêmement mauvais, trahissant totalement l’esprit des monuments de Scott et McTiernan.
Le studio revient donc vers le cinéaste britannique pour la réalisation d’une suite. Après de longues discussions (Scott préférant initialement rester en retrait et confier la mise en scène à son ami Carl Erik Rinsch), il accepte de prendre les rênes en choisissant de se tourner finalement vers une préquelle.
Le scénariste Jon Spaihts est alors engagé pour écrire un script permettant d’élucider les diverses énigmes du film original : Qui est le Space Jockey découvert mort par l’équipage du «Nostromo»? D’où viennent les cocons renfermant les fameux Face-Hugger ? Comment la compagnie Weyland était-elle déjà au courant de l'existence de ces xénomorphes ?
Alors que le scénario est terminé, la Fox change une nouvelle fois d’avis et souhaite à la place, une histoire originale encrée tout de même dans l’univers de la saga.
Damon Lindelof est alors embauché pour «réaménager» le scénario de Spaihts avec le risque de déstructurer l’ensemble et de créer d’innombrables invraisemblances.
Et c’est ce qui s’est malheureusement passé ici. Entre références mal gérées, personnages sous développés et situations parfois grotesques, le résultat a de quoi déchaîner les passions et outrer les fans absolus d’ «Alien».
On ne compte plus les nombreuses facilités et incohérences scénaristiques comme ces deux scientifiques qui se perdent bêtement dans un demi-cercle, l’apparition «surprise» de Weyland ou le suicide final.
En prenant un peu de recul, le film reste tout de même intéressant par divers aspects. Le premier est artistique. Difficile de faire la fine bouche devant une telle réussite esthétique.
Beau et élégant, le film est un véritable plaisir pour les yeux.
Autre bon point, le choix d'entamer au travers de cette relecture du mythe de Prométhée, une réflexion sur le sens de la vie et l’origine de l’homme, assez éloignée des sempiternelles bondieuseries que le cinéma américain nous impose à longueur de temps. Le personnage du droïde est en cela captivant, un être froid, calculateur, dénué d’émotions, reflet de notre propre évolution et d’un monde en pleine crise de foi.
Le film reste enfin un divertissement de très bonne facture, à la réalisation parfaitement maitrisée qui démontre une fois de plus, tout le talent de Ridley Scott. Pendant deux heures, on ne décroche jamais, emportés par la maestria visuelle du réalisateur.
A la fois bancal et magistral, «Prometheus» ne peut laisser personne indifférent.