Avec Property*, Daniel Bandeira signe un film d’une intelligence rare, qui parvient à tenir une ligne de crête là où tant d’autres choisissent un camp. Le récit met aux prises une femme issue de la bourgeoisie qui cherche refuge dans son domaine familial à la campagne pour fuir la violence urbaine, et se trouve confrontée à une révolte des ouvriers du domaine, déterminés à s’opposer à la vente prochaine de la propriété, dont ils ont eu vent.
Le récit oppose deux violences – celle, feutrée mais structurelle, de la bourgeoisie, relevant d’un ordre social fondé sur la possession et la hiérarchie, et celle, plus frontale, d’une rébellion qui surgit sans programme ni certitude morale. Le film refuse pourtant toute lecture manichéenne et ne permet jamais au spectateur de s’installer dans une position morale confortable : aucune violence n’est excusée, aucune n’est simplifiée.
Property échappe au schéma allégorique : les personnages ne sont pas des figures idéologiques, mais apparaissent comme des individus traversés par la peur, la colère, la lassitude, parfois même par une forme de tendresse empêchée – de vraies personnalités attachantes dans leur malheur, auxquelles on s’attache précisément parce que le film ne les absout ni ne les condamne.
Cette rigueur morale inscrit Property dans une filiation évidente avec le cinéma de Mendonça Filho – avec lequel Daniel Bandeira a collaboré – notamment Aquarius ou Les Bruits de Recife, où la question de la possession de l’espace devient toujours une question politique. Mais là où Mendonça Filho travaille souvent la durée, l’usure et l’insinuation, Bandeira privilégie la tension et la frontalité. Le résultat est saisissant : un film qui laisse le spectateur sans refuge moral, mais jamais sans empathie.
*Propriedade pour le titre brésilien, ou Propriété en français, le choix du titre anglais Property n’ayant aucun sens pour ce film.