Avec Aquarius, Kleber Mendonça Filho filme moins une héroïne qu’un principe : celui de la résistance par l’habitation. Clara (remarquable Sônia Braga) refuse de vendre son appartement à un promoteur décidé à raser l’immeuble où elle vit depuis toujours ; ce refus obstiné devient une ligne de fracture entre deux conceptions du monde. D’un côté, la spéculation immobilière, brutale et sournoise ; de l’autre, une mémoire incarnée, faite de gestes, de musiques, de corps et de souvenirs.
La violence n’est jamais frontale : elle s’insinue par les procédures, les nuisances, les manœuvres d’usure. Clara habite son appartement comme on habite un corps : en le connaissant intimement, en y inscrivant sa propre histoire et ses usages quotidiens, jusqu’à faire de cet espace le lieu même de sa résistance. Mendonça Filho filme cette guerre feutrée avec une précision clinique, donnant au son – bruits, silences, musiques – une fonction dramatique centrale, comme dans Les Bruits de Recife.
Cette résistance par l’habitation ne relève pas d’une métaphore critique, mais d’un dispositif concret inscrit dans l’espace urbain brésilien contemporain. Aquarius prolonge une intuition déjà présente dans ce film comme dans les courts-métrages Enjaulado ou Paz a Essa Casa : l’espace domestique n’est jamais neutre. Il est politique.