« Ce n’est que mon corps, ce n’est pas moi, ce n’est pas mon cœur »

Ou comment défendre, pendant près de deux heures, l’idée aujourd’hui répandue qu’aller voir ailleurs aide un couple à tenir sur la durée. Et quel ailleurs ! Voici notre Gatsby le Magnifique en séducteur diabolique. On nage en plein Fifty Shades, quelques décennies auparavant, et la relation sadomasochiste en moins (quoique). Ce n’est pas tant le postulat qui pose problème ici que la résignation de la femme qui accepte, le temps d’une nuit, la position d’objet qu’une société n’a de cesse de lui renvoyer. Alors le film essaie de justifier la chose, soit en jouant l’argument de la détresse financière, soit en plaidant pour le droit à l’expérience d’ailleurs bénéfique pour tout le monde. En prétendant livrer un récit d’apprentissage où l’infidélité serait le tremplin vers la fidélité, Adrian Lyne banalise la notion même de couple qu’il oriente vers une maison à trous (dans tous les sens du terme). Car nul libertinage ici : les protagonistes ne jouent pas un seul instant, en dépit de la présence d’un casino. C’est du sérieux, et c’est honteux. Proposition indécente légitime la matérialisation de l’amour en enrobant l’ensemble dans le miel d’une romance érotique des plus mièvres ; il a d’ailleurs une ponctuation adaptée à sa dramaturgie : le nichon de Demi Moore, partout. Il faut avouer que l’ensemble repose sur un contre-sens total : affirmer que les sentiments ne s’achètent pas tout en mettant en scène la fascination d’une femme pour l’homme qui l’entretient au point d’éprouver des sentiments à son égard. Dès lors, ce cher Robert Redford campe une position dangereuse – indécente dirons-nous – puisqu’il angélise cette monétisation de l’amour. Il trouve son pendant non dans le mari mais dans l’avocat rédacteur du pacte diabolique qui affirme d’ailleurs qu’en le consultant au préalable, les époux auraient pu au moins obtenir le double de la somme convenue. Seul point positif : John Barry est là, tente d’insuffler un tant soit peu de poésie dans cette débauche moralisatrice et malvenue.

Créée

le 26 mars 2019

Critique lue 899 fois

Critique lue 899 fois

2

D'autres avis sur Proposition indécente

Proposition indécente

Proposition indécente

7

LeBlogDuCinéma

1861 critiques

Critique de Proposition indécente par Le Blog Du Cinéma

Le griffon est un animal fabuleux pourvu d'un corps de lion et d'une tête d'aigle. Il court, il vole, il est deux fois roi. Un gentleman par excellence tel que John Gage peut décider d'en faire son...

le 12 janv. 2011

Proposition indécente

Proposition indécente

6

Boubakar

6795 critiques

Est-ce que payer, c'est tromper ?

Il m'arrive de relire mes anciens magazines de cinéma, et en tombant sur l'un d'entre eux, il y a avait cette publicité étonnante, pour le film d'Adrian Lyne, comme quoi si un homme laisserait...

le 12 août 2019

Proposition indécente

Proposition indécente

6

Caine78

8774 critiques

Critique de Proposition indécente par Caine78

Globalement peu apprécié, j'avoue pourtant ne vraiment pas avoir détesté cette « Proposition indécente » signé par un Adrian Lyne égal à lui-même. Comprenez que tout cela n'a donc rien de bien subtil...

le 13 avr. 2018

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019