Tout a déjà sans doute été dit, sur le site, concernant Psychose. Je risquerai d'en paraphraser pas mal, de la prose des cadors de Sens Critique.
Il ne sera donc question que de ressenti et de bonheur devant le grand écran du Arras Film Festival, de redécouvrir un tel chef d'oeuvre dans des conditions idéales.
Et de se souvenir. Car je ne me souvenais plus trop que Psychose commençait dans cette chambre d'hôtel où, sous d'autres caméras moins habiles, un soap opéra se déroulerait. Mais il est question d'argent, mobile trivial pour un vol et une disparition.
Je ne me souvenais plus que l'ami Alfred instillait la tension pour la première fois par l'intermédiaire d'un flic colle-au-train, omniprésent dans la lunette arrière et le rétroviseur de la jolie Marion. Inquisiteur, intrigué, curieux, qui ira jusqu'à la suivre jusqu'au garage où elle tente de brouiller les pistes.
Alfred ne fait cependant que retarder au maximum l'horreur. Et enfin, on voit arriver à l'image ce motel immortel, qui ferait presque du pied à l'hôtel Overlook dans son statut culte. Celui où la musique incroyable de Bernard Hermann résonne de plus belle, au point d'en devenir un écrin intime. Sa douche devenue mythique, qui ne montre finalement rien, l'esprit du spectateur, ensorcelé par un puissant sortilège, imaginant l'indicible et les coups de couteau portés par chaque note stridente et le montage diabolique de George Tomasini.
Faisant de cette sortie de scène de la pauvre Marion un moment devenu un véritable morceau de l'Histoire du cinéma par son audace et la stupeur, la sidération qui laisse le spectateur cloué à son fauteuil, persuadé qu'elle était la véritable héroïne de Psychose.
Sauf que ce personnage a déjà imprimé la pellicule : Norman, qui a fait de Anthony Perkins une star, fascinant dans sa duplicité, sa voix douce et son visage avenant cachant un mystère et une imprévisibilité qui instillent le malaise. La mise en scène de sa schizophrénie terrifiante et de son Oedipe mal digéré ménagent d'autres épisodes terrassants, le hissant au panthéon des plus belles figures du mal du septième art. Qui a déchiré le rideau entre l'écran et le public.
Etrange de savoir, qu'à l'époque, personne n'en voulait, de ce « petit » film, et que Hitchcock a dû hypothéquer quelques uns de ses bien pour le tourner. Alors que sa force de persuasion extraordinaire, son art de la manipulation du public, on ne les retrouvera qu'à de très rares reprises.
Et presque soixante ans après les faits, la magie de sa noirceur continue d'exhaler son doux parfum, jusque dans cette salle de la ville d'Arras où le film est projeté. Malgré la répétition, le fait qu'on connaisse finalement l'ensemble des ressorts à l'oeuvre, on marche à chaque fois, on continue de sursauter. D'être horrifié.
C'est bien là la preuve que Psychose demeure un formidable coup de maître.
Behind_T'as le bonjour d'Alfred_the_Mask.