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Dédale & hilares
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le 13 mars 2016
Les aventures dans le Los Angeles des 90's de quelques personnages ayant tous de près ou de loin des liens avec le gang de Marsellus Wallace,un des principaux parrains de la ville.Deux ans après le joli succès d'estime de "Reservoir dogs",Quentin Tarantino casse la baraque avec ce second essai qui remportera pas moins que la Palme d'Or au Festival de Cannes.Certes ça ne veut pas dire grand-chose tant cette récompense est dévaluée,mais elle l'était moins en 94 et on ne l'attribuait jamais à un thriller à visée populaire,l'endroit étant plutôt dévolu au cinéma d'auteur bien plombant.QT a réalisé le film et l'a coécrit avec Roger Avary,lequel passera derrière la caméra la même année avec "Killing Zoe".C'est produit par la Miramax des frères Weinstein,la Jersey Films de Danny De Vito et A band apart,la firme de Lawrence Bender et Tarantino.Une photo éclatante d'Andrzej Sekula illumine un Los Angeles ensoleillé qui est un des personnages de "Pulp fiction",tant on en explore les divers lieux et aspects,comme ont pu le faire autrefois le "Chinatown" de Polanski ou le "Police Fédérale Los Angeles" de Friedkin.Le cinéaste réussit là un tour de force car en surface son film ne raconte rien hormis les désagréments d'une galerie de personnages d'une honnêteté toute relative.Mais ce faisant il dresse un portrait saisissant d'un monde basculant dans une violence débridée qui commence à être perçue comme fun et cool.Car c'est ça Tarantino,le chantre guilleret de la décadence post-moderne.Tout ce qu'il raconte ici est horrible et dramatique,mais le ton tragi-comique parfaitement équilibré qu'il emploie aboutit à une oeuvre jouissive où chaque séquence est anthologique,mêlant avec dextérité ultra-violence choquante et très graphique et protagonistes totalement décalés débitant non-stop des dialogues d'une extrême drôlerie.Les mecs n'arrêtent pas de dégoiser des conversations débiles surréalistes tout en se prenant très au sérieux et en effectuant consciencieusement leur métier de truands qu'ils considèrent comme une profession tout-à-fait honorable.Les répliques qui tuent et les situations absurdement hilarantes défilent en continu sans que le spectateur ne se lasse une seconde de ces deux heures et demie de projection,en vérité on est déçu quand ça se termine car on en aurait bien repris une bonne louchée.Clairement,QT a inventé quelque chose,un style très singulier qui sera souvent imité mais rarement égalé.Il double cette chronique d'un pays en proie à l'ensauvagement décontracté d'une balade à travers les mythes de la pop culture américaine,un domaine qui le fascine.D'où ces références nombreuses mais bien intégrées à la narration,au gré d'une incursion dans une boîte dédiée aux fifties,le Jack Rabbit Slim's,où l'on consomme assis dans des voitures de légende,Chrysler,Cadillac et autres,pendant que les employés sont tous déguisés en stars d'époque,genre Marilyn,James Dean,Mamie Van Doren,Buddy Holly,Zorro ou Ricky Nelson,tandis que divers standards ricains apparaissent ça et là,genre des marques de céréales pour petit-déjeuner,des boissons typiques des USA style milk-shakes,c'est d'ailleurs la première fois en France qu'on entendait parler du Coca Vanille,depuis largement commercialisé chez nous.Et puis il y a ces télés qui passent de vieux films de série B,autre passion du réalisateur,comme "L'attaque de la femme de 50 pieds" dont l'affiche apparait au Jack Rabbit.La BO est raccord avec cette ambiance nostalgique,car QT n'a pas fait appel à un musicien,préférant truffer son récit de tubes des années 60 opportunément choisis.On entend notamment des instrumentaux qui déchirent,tels le "Misirlou" de Dick Dale and the Deltones,ou le "Surf rider" de The Lively Ones,délicieux mélanges de guitares et cuivres.Mais il y a aussi de formidables chansons,la plus en valeur étant le "You never can tell" de Chuck Berry,admirablement posé sur l'incroyable séquence dansée du tueur Vincent Vega avec Mia,la femme de son patron.On se régale donc de cette suite de séquences euphorisantes,chacune d'elles suscitant avec gourmandise l'arrivée de la suivante.Un couple à la Bonnie and Clyde discutant dans un restaurant décide de braquer l'établissement en totale impro,deux tueurs devisent gravement à propos de la punition méritée par le gars qui aurait massé les pieds d'une femme mariée avant de faire irruption dans un appart et d'y massacrer une bande de jeunes voyous ayant dérobé une mallette dont on ne connaîtra jamais le contenu,Wallace corrompt un boxeur raté afin qu'il se couche au cinquième round,son sicaire Vega est obligé d'accompagner l'épouse de son boss en boîte de nuit,ce qui se termine par une méchante overdose de la belle et un shoot sauvage à l'insuline pour la sauver chez un dealer effrayé,le boxeur acheté gagne son combat et prend la fuite car il a berné Marsellus en pariant sur sa propre victoire,puis il descend Vega qui l'attendait chez lui,pour se retrouver nez à nez avec Wallace,qui le poursuit jusqu'à une boutique tenue par des dégénérés qui entreprennent de violer le caïd.Et puis quelques flashbacks viennent égayer l'atmosphère avec une incroyable histoire de legs de montre,un miracle lors d'un gunfight,un meurtre stupide et involontaire ou une séance de nettoyage de scène de crime assurée par un type froid et supérieurement organisé.Et tout ça n'est qu'un résumé car il se passe bien d'autres choses durant cette folle sarabande sanglante et désopilante.Le casting contribue grandement à la qualité du film,la production ayant recruté un bataillon de stars au charisme dément et en plein état de grâce,portés il est vrai par des personnages forts et magnifiquement caractérisés.John Travolta explose tous les compteurs en homme de main consciencieux et raisonneur mais complètement crétin et camé à bloc qui multiplie les bourdes,ce qui lui sera fatal.Sa formation de danseur et son talent éclaboussent l'écran lors de la mirifique scène sur le dance floor,où l'on voit sa facilité à se mouvoir,bien supérieure à celle de sa partenaire Uma Thurman,qui fait pourtant une excellente performance.Elle incarne de manière sexy et ironique une actrice ratée devenue la pépée du gangster,et elle aussi droguée notoire.Samuel L. Jackson est irrésistible en tueur binôme de Vega qui cite la Bible et part en plein délire mystique.Bruce Willis,pas toujours au niveau,a rarement été aussi bon qu'ici,campant magistralement un boxeur au bout du rouleau mais assez malin pour escroquer la pègre.Il a pour petite amie la mignonne et piquante Maria de Medeiros,la plus française des actrices portugaises,qui est craquante en naïve amoureuse écervelée.Ving Rhames est le chef de la mafia,un mec impitoyable qui grenouille dans tous les crimes et délits possibles et imaginables mais qui va finir horriblement humilié.Harvey Keitel fait un énorme show en employé mafieux qui arrange les coups foireux de façon autoritaire et rationnelle.Tim Roth,en petit braqueur con et excité,forme un excellent duo avec Amanda Plummer,sa nana gravement hystérique.Eric Stoltz est fantastique en dealer largué qui se retrouve avec une encombrante mourante sur les bras,alors que sa copine est jouée par Rosanna Arquette,qu'on voit peu en fille hyper piercée.Christopher Walken n'a qu'une scène en officier de l'Armée,mais il y est grandiose face à un gamin à qui il narre le curieux cheminement de la montre qu'il lui a apporté.Tarantino lui-même vient faire un sacré numéro en complice pas content de voir débarquer ses potes en compagnie d'un cadavre.Steve Buscemi en pseudo Buddy Holly et Alexis Arquette en tireur planqué très maladroit ne font que de brèves apparitions,alors que Peter Greene,sorte de sosie de William Fichtner,est terrifiant en policier désaxé et violeur.Notes et critiques de films de Quentin Tarantino publiées précédemment:"Les 8 salopards"-6,"Django unchained"-7.Moyenne:7,6.
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