Scola raconte Fellini, ou plutôt raconte Scola et Fellini, son Fellini. Ettore se raconte en racontant Federico. Ettore Scola raconte un petit pan de l'histoire italienne, un petit bout du cinéma italien. Et, surtout, il le fait avec inventivité, légèreté et malice. Pas de témoignages directs, pas d'interviews, quasiment pas d'images d'archive, juste une histoire, des histoires, plus ou moins distordues, magnifiées. Juste un patchwork légèrement surréaliste sur les bords. Mais sans singer l'ami Fellini. Et c'est un vrai plaisir de cinéma que de suivre le fil de ces anecdotes choisies, ces bribes de moments partagés. Les silhouettes de Federico et Ettore traversant le film et la vie, telles des ombres, à la recherche des histoires.
Scola s'attarde pas mal sur une première expérience commune, fondamentale et fondatrice, celle de leur passage au journal satirique Marc'Aurelio – l'aîné juste avant et pendant la guerre, le cadet juste après la guerre – leur marchepied vers le monde du cinéma. De jeunes acteurs incarnent alors les deux protagonistes. Ces scènes en noir et blanc sont bien plus que des "reconstitutions", elles baignent dans une atmosphère aussi irréelle que peut l'être celle des souvenirs, aussi clairs soient-ils, et se fondent parfaitement dans le patchwork élégamment élaboré par l'auteur.
Bref, Ettore Scola raconte, et il raconte bien.