Sorti en 2008, Quantum of Solace s’annonçait comme la suite directe de Casino Royale, ce qui, sur le papier, était une excellente nouvelle. Après tout, on retrouvait Daniel Craig dans un costume encore tout chaud de sa première mission, décidé à venger la mort de Vesper Lynd et à donner un peu plus de profondeur à son 007. Mais hélas, si Casino Royale avait redonné du souffle à la saga, Quantum of Solace semble, lui, souffrir d’un essoufflement prématuré.
Le problème principal saute (et coupe) aux yeux : le montage des scènes d’action. Jamais un Bond n’aura été aussi frénétique, ni aussi illisible. À peine a-t-on compris où est Bond que la caméra tremble, tourne, et explose à coups de jump cuts. Résultat : on sort de certaines séquences avec l’impression d’avoir été secoué dans un shaker géant.
Ajoutons à cela une intrigue géopolitique mollassonne, centrée sur un méchant (Mathieu Amalric, en mode rongeur nerveux) qui veut… privatiser l’eau en Bolivie. Oui, vous avez bien lu. Et comme pour enfoncer le clou, le film nous offre Olga Kurylenko en agente bolivienne, choix de casting à la limite du surréalisme. L’actrice ukrainienne fait de son mieux, mais difficile de croire un seul instant à son accent ou à son passé révolutionnaire dans les Andes.
Et pourtant, malgré tout cela, Quantum of Solace ne s’effondre pas totalement. La mise en scène de Marc Forster, parfois inspirée, garde un certain panache, et le film a la bonne idée de durer à peine plus d’une heure quarante, inhabituel dans l’univers moderne de Bond. Craig, quant à lui, reste impeccable, tendu comme un ressort et habité par une rage glacée qui maintient le tout à flot.
Quantum of Solace n’est pas un naufrage, mais plutôt un Bond mineur, coincé entre deux ambitions : celle de prolonger le réalisme brutal de Casino Royale et celle de renouer avec le spectaculaire. Il n’y arrive pas toujours, mais son énergie suffit à nous faire oublier ses (très) nombreuses faiblesses et à ne jamais nous ennuyer. On en ressort un peu confus, certes, mais encore debout et prêt pour la mission suivante.