Vu récemment, Rapaces m’a franchement bien accroché. Un polar français qui ose aller dans le noir, dans le trouble, dans le sale même — sans jamais sombrer dans la surenchère. On y suit Sami Bouajila, impeccable comme toujours, en vieux briscard du journalisme de faits divers. Un mec usé, pragmatique, limite cynique, qui traîne sa fille ado (Mallory Wanecque, très juste aussi) dans une enquête sur un meurtre atroce. Une stagiaire dans l’enfer du terrain. Ambiance crasse, regards fuyants et tensions en sourdine.
Ce que j’ai aimé ? D’abord la tension. Pas d’explosions, pas de musique grandiloquente, mais une angoisse sourde qui monte, monte, jusqu’à vous coller au siège. Ensuite, la manière dont le film interroge son propre sujet : qui sont les véritables "rapaces" ? Le tueur ? Les journalistes ? Ou nous, spectateurs, consommateurs insatiables de faits divers sanglants ? Le film ne donne pas de réponse facile, mais il pose la question de façon frontale, et ça fait du bien.
Côté réal, c’est sobre, tendu, sans fioritures. Peter Dourountzis signe une mise en scène qui préfère le regard aux effets, l'attente à l’explosion. Ça fonctionne. Même si, oui, on peut lui reprocher une première partie un peu flottante, des personnages secondaires esquissés plus que creusés, et une fin un peu précipitée. Mais rien de rédhibitoire.
Bref, Rapaces, c’est du cinéma français tendu, intelligent, engagé, qui prend au sérieux ses personnages comme ses spectateurs. Pas un chef-d’œuvre, mais clairement une réussite, surtout si vous aimez les thrillers ancrés dans la réalité sociale.