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Red Sonja
4.1
Red Sonja

Film de M.J. Bassett (2025)

Voir le film

Proposer tant de neuf pour oublier le genre de film qu'on fait...

Il y a beaucoup de choses à dire !

Premièrement, ma note initiale était de 6/10 ; je sais, je suis généralement très très généreux concernant la notation des œuvres de Fantasy et, en plus de la valeur plus que subjective d'une critique provenant d'une personne n'étant critique dans le sens stricte de la profession, je fonctionne plutôt avec l'émotivité que la rationalité, toujours en terme d’œuvres issues du genre de la Fantasy. Grosse digression : 6/10 disais-je, était ma note initiale mais pour avoir relu ma critique du film Kalidor : La Légende du talisman mettant déjà en avant la figure de Sonja la Rousse pour laquelle j'avais attribué la note de 6/10, j'ai rétropédalé en me disant que c'était un peu du foutage de gueule...

Et deuxièmement, critique :


Red Sonja, sorti pour cette année 2025 et réalisé par M.J. Bassett qui s'était déjà attelé à l'adaptation d'un personnage issu de l'univers littéraire de Robert E. Howard (papa de Conan), à savoir Solomon Kane et, de ce fait, avait réalisé en 2009 Solomon Kane que j'avais vraiment apprécié malgré un ressenti critique plus que moyen (comme quoi, je suis vraiment trop généreux...).

Et cerise sur le gâteau concernant le personnage de Sonja, j'ai découvert très récemment que si elle était bien une héroïne créée par Robert E. Howard, elle n'avait rien à voir avec celle que l'on connaît pour côtoyer les hordes de barbares : pour l'auteur américain, Sonya la Rouge est une des protagonistes de la nouvelle The Shadow of the Vulture se déroulant dans un Istanbul du XVIe siècle quelque peu ré-imaginé, tandis que pour la plupart des citoyens lambda, Red Sonja est avant tout le personnage de comics créée par Roy Thomas et Barry Windsor-Smith arpentant le même univers que Conan le barbare. C'est fou tout ce qu'on peut trouver avec seulement quelques minutes de recherche ! Incroyable, n'est-il pas ?

Bref, voilà pour ce qui est de l'explication très brève et brouillon de la Red Sonja que l'on connaît tous. Pour en retourner au film, nous sommes sur un projet de "reboot" étant donné que la précédente adaptation cinématographique n'avait pas forcément su convaincre, et ce pour de nombreuses raisons. Alors, en toutes connaissances des "erreurs" des précédentes productions, ce film parvient-il à offrir une meilleure image de la guerrière rousse ?


Sonja la Rousse, dernière membre vivante de sa tribu, s'est promise de vengeance le massacre des siens alors qu'un empereur assoit sa domination en conquérant les dernières régions libres du monde.

Pas plus de spoil !


Alors ! Pour commencer, le scénario ! Et il y a déjà des trucs bancals...

Il faut déjà souligner le fait que, même si le genre de la Sword and Sorcery, plus communément appelé Heroic Fantasy, ne fait plus trop parler de lui, étant donné l'essor de la Fantasy Épique grâce à la trilogie Le Seigneur des Anneaux, on est encore capable de ressortir les bonnes vieilles ficelles et codes inhérents au genre des barbares : une orpheline qui a vu les siens massacrés jusqu'aux derniers (on retire cependant le sorcier comme antagoniste de prédilection) et qui a juré de se venger par les armes et le sang. Mine de rien, c'est un plaisir de voir ces codes de nouveau présenté sur nos écrans. Et quitte à d'abord parler des points positifs, nous pouvons enchaîner là-dessus : il y a une sorte d'inspiration à la Princesse Mononoké dans ce film qui est étrangement appréciable, offrant une vision nouvelle aux personnages de barbares. On y décrit dans ce film, sous le prisme du personnage de Sonja, les "barbares" comme rattachés à la terre, soucieux de la nature... de véritables gardiens du vivant, quand le vivant n'est pas humain. En soi, cette position peut largement diviser car nous sommes habitués, depuis le films de John Milius (Conan le Barbare), de voir un monde régit par la violence, le combat, l'esclavage... donc prendre le parti de faire de la figure du barbare un être doué de compassion pour la nature, c'est osé. Cet aspect est d'autant plus surprenant que les antagonistes de ce film sont vus et décrits comme les détenteurs d'un savoir industriel et apporte, dans leur sillage de conquête et d'esclavage, la technologie. La confrontation est belle, guère originale - même dans le genre de la Fantasy puisque Le Seigneur des Anneaux parlait déjà de cette opposition - mais belle : le barbare est synonyme de spiritualité, de traditions ancestrales, attachés aux anciens dieux tandis que le conquérant est synonyme de nouveauté, de progrès et possède pour seule divinité la science. La proposition est audacieuse mais personnellement, j'apprécie cette vision.

Sauf que... C'est tout. C'est absolument tout. Parce que je suis d'accord pour dépoussiérer un peu les codes de film de barbares, mais j'aimerais également retrouver tout ce qui fait de sa superbe ! Or là, rien... A vouloir trop proposer de changements, on en vient à dénaturer en quelque sorte le genre... Alors attention ! On reste tout de même sur de bons éléments : nous avons une partie du film dédiée aux jeux d'arène qui est fort plaisante - séquence qui met en avant le sexisme et met en scène le corps de la femme, éléments récurrents dans le genre ; mention spéciale à l'échange entre Sonja et l'armurier à propos de l'armure que porte cette dernière ! - mais c'est tout. Le reste est une sorte de lissage abusif du film de barbares, et on en reparlera assez rapidement. Tandis que pour le scénario a proprement parlé, c'est tellement brouillon qu'il m'a semblé, au terme de mon visionnage, plus judicieux de mettre la deuxième partie du film en première partie... Ça aurait proposé, selon moi, une intrigue plus digeste. Parce que présentement, on part vraiment dans tous les sens, ce qui installe une incompréhension manifeste. Le film se targue, encore une fois, d'avoir de bonnes idées mais se permet d'en avoir presque rien à faire de son fil narratif et scénaristique. Donc on passe d'une scène à l'autre sans véritablement prendre plaisir, en essayant de rattacher les wagons comme on peut...

En bref, de très bonnes idées pour proposer du changement et de très mauvaises décisions, pour prouver qu'on ne sait pas comment fonctionne le matériau de base.

Mention spéciale à la séquence de chant, qui m'a rappelé une séquence similaire dans Wolfhound, l'ultime guerrier, vraiment émouvante et qui fait partie de ces changements apportés au genre de l'Heroic Fantasy, et on en fait presque rien ?! Bel exemple, très bel exemple illustrant le problème prédominant de ce film...


Concernant les personnages, nous avons une ribambelle de protagonistes... vides...

Ou alors je ne sais pas... Cela fait longtemps que je n'ai pas vu de film de barbares mais... Merde ! Enfin, je veux dire, quand Arnold Schwarzenegger incarne Conan, il le joue violent, dur, taciturne... mais on sent que l'on est face à une figure imposante ! Les barbares, dans l'imagerie collective, sont des guerriers nés pour le combat, pour le sang ! Ils vivent pour ça ! Je ne sais pas... Dans ce jeu, notamment dans la partie dédiée aux jeux d'arène, on nous propose, certes des combattants, mais des combattants lambda, au mieux une sorte de gladiateurs, payés pour divertir le peuple... Où est la rage ? Où sont les rébellions ? Où est passé la violence des combats ? Certes, nous sommes une (peut-être deux) séquences qui illustrent à peu près bien cela, mais c'est tout ! Et c'est pareil dans tout le film !

Allez, on commence par le personnage principal : Sonja la Rousse, beaucoup trop édulcorée... Oui, elle protège la faune et la flore. Oui, elle chasse les méchants chasseurs. Oui, elle est contre l'injustice... Mais bon dieu, tu es surtout Red Sonja ! Une guerrière farouche et une femme qui ne se laisse pas marcher dessus... Ou alors c'est moi qui me trompe et a une lecture biaisée du personnage ? Possible... Mais concrètement, les déclarations faites pour le scénario fonctionnement presque tous ici : on a apporté de nouvelles choses notamment une spiritualité intéressante - Sonja est très liée à sa déesse, ce qui offre quelques séquences plaisantes, mais où est passé les codes, voire même les clichés, liés aux barbares ? Alors, je suis mauvaise langue, on les a, mais édulcoré à l'extrême comme cité précédemment. Ce qui nous donne une Sonja "guerrière" banale qui se rapproche plus de son schéma en fin de film (et quand je dis fin de film, c'est quasiment en post-crédit). Pour les adjuvants, nous avons son cheval et les autres. Et mine de rien, j'ai eu l'impression que Sonja avait plus de crainte pour son cheval que pour ses compagnons, c'est dire à quel point les nouveaux éléments ont noyé ceux qui devaient être attendus ! Et outre son cheval, elle rencontre de nombreux autres guerriers qui font de la figuration, qui n'apportent pas grand chose sinon un espoir par-ci, un retournement de bataille par-là... Et c'est vraiment dommage de ne pas avoir joué plus que ça avec la personnalité de certains d'entre eux car il y aurait eu des choses à dire.

Concernant les antagonistes, je vais en présenter trois : Annisa, une ancienne guerrière d'arène devenue favorite de l'empereur, qui est censé savoir se battre : elle est tout de même vainqueuse des jeux d'arène ! Elle se fait avoir en beauté par Sonja la première fois qu'elles se rencontrent... Dommage, malgré un enchainement de combat impressionnant. Elle a cependant un lore intéressant : elle est harcelée par les voix de ces victimes. Et c'est vraiment une idée géniale ! dommage qu'elle se fasse détruire en un claquement de doigt et qu'elle ne soit pas un peu plus mise au premier plan ! Pour le reste, elle demeure assez vide... Et encore une fois, c'est dommage. Ensuite, nous avons l'empereur Draygan qui se trouve être... un homme des plus normaux. Pas de muscles saillants, pas de magie occulte... le contrepied total d'un antagoniste de film de barbares. Après tout, pourquoi pas ? Il faut juste lui donner quelque chose en plus pour faire de ce personnage une figure effrayante. Rien. Que dalle. C'est juste un personnage qui a su apporter un savoir technologique et domine grâce à ça. Pour le reste, il semble perdu, inoffensif sans ses gardes... Il n'a pas l'aura, il n'a pas le charisme qu'on dégageait avant lui les différents antagonistes des films du genre... Et son dénouement, comme celui d'Annisa, est presque pathétique... On en vient donc au troisième antagoniste, un personnage secondaire du nom de Karlak, général en chef des armées de l'empereur, et c'est sûrement le méchant que j'ai le plus préféré : il est costaud, immense, c'est un guerrier, fanatisé et servile vis-à-vis de son empereur... tout ce qu'on attend d'un personnage de son rang. Malheureusement, il s'agit d'un personnage secondaire qui n'a pas forcément de quoi imposer scénaristiquement parlant.

Dans l'ensemble, on se retrouve avec, comme précédemment dit, une ribambelle de personnages, mais qui sonnent relativement vides... Et vraiment, vraiment, c'est dommage !


Pour les effets spéciaux, même si l'on se trouve devant des effets numériques quelque peu grossier s'il fallait comparer ce que Le Seigneur des Anneaux (la comparaison est quand même bien inégale) a proposé, force est de constater que dans l'ensemble, ça fait largement l'affaire. Et c'est vraiment paradoxal pour un film qui grosso modo n'a rien à dire d'être aussi éloquent sur ce qu'il montre en terme de décors, puisque la plupart des lieux sont le résultat de CGI. La plupart des lieux sont vraiment imposants et possèdent une esthétique des plus appréciables, qui rend véritablement hommage aux architectures que l'on pouvait voir dans les films de barbares. Les décors plus mineurs, plus forestiers ne sont pas en reste : j'ai apprécié le sanctuaire de Sonja par exemple. Néanmoins, si l'on sort des bâtiments, on est sur de l'utilisation d'effets spéciaux assez moyens avec des rendus au mieux passables. Les créatures sont bien faites, certes, mais le rendu offert nous rappelle trop aisément que nous sommes en face d'une fabrication numérique. Dans l'ensemble, nous sommes sur du passable, même si encore une fois, certains décors donnent véritablement du baume au cœur.


Pour ce qui est des affrontements, ça combat plutôt bien dans l'ensemble. Du moins lors des séquences larges où deux groupes se battent entre eux et où la confusion du combat ne nous permet pas de s'attarder sur le détail. Car si l'on passe aux duels ou aux combats en plus petit nombre, on change drastiquement de registre. Alors, ce n'est pas mou, mais clairement, on ne se donne pas la peine de faire des efforts... Et encore une fois, nous sommes dans un film de barbares ! Alors oui, ça frappe bien, ça laisse des héros ensanglantés, sales, couverts de terre... Mais c'est extraordinaire de proposer des chorégraphies martiales intéressantes pour qu'au final les quelques exécutions présentées soient faites hors champ... Mais merde à la fin ! C'est un film de barbares ! Faites-moi un signe quand vous avez compris la chose ! Pourquoi bon sang de bonsoir cacher les effusions de sang ? Dissimuler les exécutions qui, en plus, n'ont pas l'air d'être aussi insurmontable que ça ! Je suis presque sûr que la série Game of Thrones propose dix mille fois pire ! Donc voilà, ça bastonne bien mais c'est beaucoup trop frileux pour oser montrer un tranchage de gorge...


Pour les paysages, on reste sur du classique, et comme j'ai déjà abordé les décors, passons au dernier point :


Les musiques, et là, hormis quelques compositions plaisantes où le chant cité précédemment est compris, on reste sur des compositions peu impactantes, peu émotives.

Une fois de plus dommage...


Et c'est le terme qui qualifie au mieux cette production : dommage.

Red Sonja avait toutes les clés en main, y compris les erreurs du passé, pour proposer un divertissement au pire divertissant, au mieux incroyable. Mais devant une critique aussi acerbe, pourquoi donner la moyenne ? Mais parce que les propositions sont bonnes, et plusieurs fois durant le visionnage du film, je me suis dit : "Mais c'est vraiment cool ça !", le principal problème étant que le réalisateur, à trop vouloir proposer de changer l'essence même du film de barbares, à oublier que Red Sonja, c'est un personnage de barbare. De ce fait, on attend, en toute logique, un film de barbares, avec ses propres codes, sa propre identité... On oscille entre admiration et déception et malheureusement, la déception est beaucoup plus présente, ce qui donne ce fameux et célèbre : dommage.

Et la fameuse scène de fin qui laisse entendre une suite avec, qui sait, une nouvelle apparition de Conan... elle est très mal partie pour le moment... A voir ce que cela va donner...

Mais pour le moment, la Fantasy nous appartient !

PhenixduXib
5
Écrit par

Créée

le 16 déc. 2025

Critique lue 26 fois

PhenixduXib

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