La force de Remous tient d’une part à la mise en scène d’Edmond T. Gréville, maniériste et précise en ce qu’elle traduit par l’image l’évolution de la relation entre les personnages, d’autre part à la thématique de l’impuissance doublée de celle de l’infidélité comme moyen d’échapper à l’infirmité du mari et de s’épanouir en tant que femme désirante, thématique adaptée du roman A Kiss in the Dark de Peggy Thompson. Les séquences d’intérieur fonctionnent en huis clos au sein duquel l’amour et la fidélité se délitent à mesure que la femme prend conscience de sa frustration sexuelle, les séquences d’extérieur se composent d’une somme d’indicateurs de la faiblesse masculine qui motiveront l’adultère. Le cinéaste multiplie les symboles, comme par exemple la béquille que perd Henry alors qu’il déambule sur le pont qu’il a construit, signe de son incapacité à recouvrer sa vigueur et sa majesté.
Pourtant, l’ancrage psychanalytique du long métrage est ce qui cause également sa lourdeur principale : les personnages sont des types qu’il s’agit de disséquer, et non de véritables personnes pourvues d’une complexité intérieure. Nous avons l’impression que Gréville sur-appuie tout ce qu’il veut représenter, ce qui confère à l’ensemble un rythme soutenu – voir à ce titre l’ouverture et l’accident, expédié en quelques minutes à peine – mais écrase aussi toute spontanéité. La volatilité du cœur humain, l’ardeur des passions, tout cela est rendu théorique. N’en reste pas moins une œuvre audacieuse et intrigante, à découvrir sans tarder.