La troisième étant la bonne, il aura fallu attendre la toute fin de l'année pour découvrir le véritable chef-d'œuvre de 2025 : "Resurrection", le troisième film de Bì Gàn, un jeune réalisateur chinois extrêmement prometteur, qui avait déjà signé "Kaili Blues" et "Un grand voyage vers la nuit" quelques années auparavant, des films qui s’étaient fait remarquer par leurs plans-séquence métaphysiques allant de quarante minutes à une heure, et ce nouveau film ne fait pas exception à la règle.
Dans un monde où les humains ont atteint l'immortalité en cessant de rêver, une femme parvient à trouver le dernier homme qui en est encore capable, un "rêvoleur", et utilise un procédé cinématographique afin d'explorer ses rêves et d'en trouver le sens.
Le résultat : une véritable odyssée à travers le cinéma du XXème siècle, structurée autour de cinq histoires, rendant hommage aussi bien à l’expressionnisme muet de Fritz Lang et Friedrich Wilhelm Murnau, qu’aux films noirs des années 1940, spécifiquement "La Dame de Shanghai" avec sa scène des miroirs, et remontant jusqu'aux films hongkongais modernes de la fin des années 1990, notamment ceux de Wong Kar-Wai, et particulièrement "Les Anges Déchus". Un magnifique mélange de science-fiction, fantastique, gangster, romance, etc... qui se transforme en un véritable jeu de piste de références cinématographiques à la "Kill Bill" ou plus récemment "Everything Everywhere All at Once", tout en gardant une véritable identité, une incroyable sensibilité, et un sens du détail inégalé.
Même si les segments sont assez inégaux, notamment les deux du milieu qui sont un peu inférieurs au premier et au dernier, il s'agit là du plus beau film qu'il m'ait été donné de voir en salle depuis des années, autant visuellement qu'émotionnellement, le tout étant sublimé par la fantastique partition du français M83, aussi discrète que puissante. Une véritable pépite, autant pour les yeux que pour les oreilles, qui saura récompenser les amateurs de cinéma contemplatif.
C'est hallucinant de se dire qu'il ne s'agit que de son troisième film, et la courbe de progression, autant artistique que technique, sur ces trois œuvres me fait déjà me demander ce qu'il sera capable de faire dans dix ans, ou plus. J'en rêve déjà...