Oui, cela faisait un certain temps que j'attendais le prochain film de Monsieur Bi. Ce petit monsieur venu de Chine qui nous avait livré le dantesque "Un Long Voyage vers la Nuit". Avais-je tout compris du métrage ? Je ne pense pas. Mais ce n'est pas grave.
Avec Resurrection, je m'attendais à être transporté dans un trip onirique. Je m'attendais à ne pas tout comprendre. Et bien vous savez quoi ? J'ai bien été embarqué dans un trip onirique où je n'ai pas tout compris. Cela fut surement l'expérience cinéma la plus singulière de mon existence.
Bi Gan enchaîne les expériences de rêveurs à travers divers tableaux représentant des époques différentes, tant dans l'Histoire de la Chine, que dans l'Histoire du Cinéma. Car, au delà d'être un film sur le rêve, ne serait-ce pas un film sur les rêves de cinéma ? un film posant le cinéma comme un être salvateur dans une société condamnée à ne plus rêver ?
Je n'ai pas la réponse. Mais il est certain que Bi Gan voit dans le cinématographe une sorte d'échappatoire transhumaine, un pont entre rêve et réalité.
C'est un film d'une densité folle, qui regorge d'idées de cinéma et de mise en scène. On ne peut qu'avoir de l'admiration pour son travail.
Cependant, je dirais que le film à un défaut, sa forme. En effet, parmi ses tableaux, il y en a forcément que l'on va moins aimer, et d'autres, que l'on voudrait qu'ils durent indéfiniment...
Comme dans Un Grand Voyage vers la Nuit, Bi nous sort une dernière partie de métrage absolument folle, d'une maestria côtoyant le sublime. Une histoire d'amour aussi éphémère que touchante, le tout dans un plan séquence immersif d'une heure (environ). Il s'autorise tout, de filmer à la première personne jusqu'à faire une scène de karaoké.
Réaliser cela à 36ans, cela impose le respect. Maintenant, une question me taraude, que va-t-il nous faire ensuite ? Il semble être parti si loin dans les confins du cinéma, peut-il encore nous servir quelque chose d'équivalent ?
Film fleuve, fou, ambitieux, riche, sublime et touchant. LE chef d'œuvre que beaucoup attendaient et qui nous fait ressentir toute la puissance esthétique de cet objet unique, le cinématographe.
PS : Quelle idée d'avoir pris M83 pour réaliser la Bande Originale...