Premier visionnage d'un film de Bi Gan et relative incompréhension face à une bouillie à la fois visuelle et narrative, bouillie qui n'a pas l'air si dégoutante que ça mais qui appelle à coup sûr une indigestion. Au sortir de la salle, la recherche d'explications sur le net était inévitable et pourtant, même notre ami google n'avait pas l'air si renseigné que ça. Ce qui revient en revanche c'est que les fans de Bi Gan en ont eu pour leur argent car, visiblement, il fait du Bi Gan.
Résurrection ça s'ouvre sur un écran noir avec un texte qui tente tant bien que mal de nous expliquer le contexte. Ça parle de rébellion, de société un peu dictatoriale, bref plein de trucs attendus pour un film chinois qui arrive en France (et donc forcément un peu contestataire s'il n'est pas du divertissement pur) mais aussi de notions plus obscures comme les "rêvoleurs" qui se rebelleraient en "rêvant". Et là se pose le doute. On ne se révolte pas en rêvant donc soit le film implique une nouvelle mécanique humaine, à la Matrix - ce dont je doutais - soit le film va jouer la carte de la métaphore filée sans jamais vraiment nous en dire plus sur la nature de tout ça. Bingo c'était la solution 2.
Alors ce qu'il faut comprendre bien sûr, c'est que tout ça c'est une critique de la Chine, et de la pensée unique plus généralement, une critique de la répression de l'individualisme, des arts et de la recherche, ce qui, avouons le, ne casse pas non plus trois pattes à un canard. Mais le film tourne et contourne tellement son sujet, le contorsionne dans tous les sens pour essayer de donner de la matière à ce délire de révoleur - sans vraiment y arriver - qu'on finit par ne plus rien y comprendre... Alors si on comprend qu'un agent de l'état s'est infiltré dans le rêve d'un rêvoleur - dont on ne comprend toujours pas en quoi il représente un danger pour la société tant son propre mental a l'air d'être la meilleure prison du monde - et ne cesse de le tuer dans les différentes phases de son rêve. Par contre on ne comprend ni pourquoi il le tue, ni pourquoi il (elle) prend tellement de temps à le faire. Il semblerait que cet agente soit curieuse et donc prenne son temps... Ou peut être a t-elle de la compassion on ne saura jamais vraiment, et de toute façon, sans ça, y a pas de film donc passons. A chaque fois qu'elle le tue, on passe à une autre scène, à une autre époque dans un autre contexte. Le rêvoleur, visiblement ne meurt pas quand on le tue, il saute juste à un autre rêve. Bon pourquoi pas, mais alors encore une fois pourquoi le tuer. Le film ne le sait pas et c'est d'ailleurs pour ça qu'il s'achève au bout de 2h30 sur un écran noir après la cinquième mort du personnage (et deux trois trucs mystérieux en plus).
Personnellement, j'aime bien les films d'auteurs, les films qui ont du fond, ceux qui jouent de métaphore et qui cherchent à avoir un propos. En ce qui concerne Résurrection, m'est avis qu'on est plus sur de la Branlette mal finie de Lycéen en bac blanc de Philo. C'est faussement subversif et le propos est clair comme de l'eau de roche tout en étant parfaitement illisible. Mais probablement était-ce voulu.
C'était voulu certainement car on comprend vite que le scénario n'est qu'un prétexte à la forme, pour permettre au réalisateur de placer ses 5/6 scénettes qui sont toutes autant d'hommages au cinéma. Je ne suis pas assez érudit pour reconnaitre toutes les références placées par Bi-Gan dans son film mais il est limpide que chaque scène rend hommage à un style de cinéma différent puisqu'on passe du film muet en noir et blanc à une histoire de gang asiatique moderne en passant par le Polar Noir. C'est Joli, c'est bien fait, pourquoi pas, mais non seulement c'est infiniment gratuit - et c'est vraiment dommage pour un film qui a l'air de autant se la péter - mais en plus c'est chiiiiiiaaaaaaaaant. Mon compagnon d'infortune et moi même nous sommes tous les deux endormis durant le polar, et la scène du temple est d'une effroyable longueur, surtout que la première scène, les 30 minutes de film muets, nous avaient déjà passablement inquiétées et la reprise dans le film de la fameuse scène de "l'arroseur arrosé" ne présageait que de ce qui nous attendait...
Heureusement, mon dieu HEUREUSEMENT que les deux dernières séquences étaient un tout petit peu plus dynamiques, notamment la dernière filmée en long plan séquence esthétisé pour permettre ensuite un léger twist que j'ai personnellement trouvé assez intéressant et bien vu, mais quand même, qu'est ce que c'est poussif, qu'est ce que c'est long 2h30 pour raconter pas grand chose.
On est malheureusement dans le typique film d'auteur branlette qui veut en dire plus et mieux que ce qu'il n'est réellement capable de raconter et qui nous sert une composition d'une odieuse indigestion. Pire cela n'encourage ni à donner sa chance à ce genre de film ni à aller voir le cinéma chinois. Quel intérêt de faire un film que personne ne comprend, à moins qu'il soit réellement exceptionnel? Et au vu des analyse sur internet, je suis à peu près certain que pas grand monde n'a compris son film. En tout cas, je n'ai pas encore trouvé d'analyse convaincante du délire des 5 sens. On comprend bien que chaque scène est plus ou moins associée à un sens et que ce sont ces sens que détruit l'agente gouvernementale, mais so what? Quel rapport avec le bouillon? Et si tout cela n'est qu'un rêve métaphore, faut il comprendre qu'on assiste à la destruction d'un concept dans une métaphore, mais pourtant par un moyen bien concret: le meurtre?