« Je suis fasciné par les ruses et les escroqueries, mais celle-ci était tellement audacieuse, tellement radicale, qu'elle m'attirait plus particulièrement. La formule de l'arnaque est tout à fait simple : piéger les gens en s'appuyant sur leur cupidité. On peut tous se faire arnaquer mais à quel moment est-ce qu'on s'en rend compte et jusqu'à quel point est-ce qu'on se laisse faire ? Ensuite, le grand défi de ce film a été d'enrober ce concept intellectuel dans une intrigue haletante avec beaucoup d'action car d'un point de vue visuel un concept n'est pas forcément très intéressant. Il est important que le film assure sur le plan du divertissement. Ainsi, j'ai mis trois ans à écrire ce film alors que Snatch ne m'avait pris que trois mois. À la base, c'est un film simple mais l'enrober dans une structure narrative s'est avéré compliqué. » — Guy Ritchie
L’intello de comptoir du polar
Avec Revolver, Guy Ritchie semble vouloir prendre un virage radical dans son cinéma. Après le succès de ses polars criminels nerveux et ironiques, le réalisateur tente d’ajouter une dimension psychologique et philosophique à son univers. L’intention peut être louable. Encore faut-il que la maîtrise suive. Mais très vite, le film donne surtout l’impression d’un projet qui se regarde penser en permanence à travers une démonstration aussi prétentieuse que confuse. Le scénario, écrit par Ritchie avec Ethan Gross et Paul Todisco, repose sur une intrigue de manipulations où chacun semble tenter de piéger l’autre dans une partie d’échecs mentale. Un récit donnant l’impression de vouloir être un croisement entre le cinéma de Martin Scorsese et celui de Ritchie lui-même. On retrouve l’univers criminel, les règlements de comptes, les truands hauts en couleur et les fusillades. Mais là où Scorsese construit des fresques humaines solides et où Ritchie savait autrefois injecter un sens du rythme et de la malice, Revolver donne surtout l’impression d’une mauvaise parodie involontaire. La question finit même par se poser, Guy Ritchie est-il en train de se parodier lui-même ? L’idée de base pourrait fonctionner si elle reposait sur une mécanique narrative solide. Pourtant, le film choisit l’approche inverse en noyant son récit sous des discours sérieux pseudo-philosophiques et une accumulation de citations censées donner de la profondeur au propos, empruntées à des figures comme Julius Caesar ou Niccolò Machiavelli. Au lieu d’enrichir l’histoire, ces références donnent surtout l’impression d’un vernis intellectuel plaqué artificiellement sur un récit qui peine déjà à se structurer. Le film multiplie les concepts abstraits autour de l’ego, du contrôle et de la manipulation psychologique, mais sans jamais parvenir à construire une intrigue réellement claire. Le problème est que Revolver devient rapidement un labyrinthe narratif inutilement compliqué. Les manipulations s’enchaînent, les révélations s’empilent et les explications deviennent de plus en plus nébuleuses et farfelues. À force de vouloir paraître profond, Guy Ritchie finit surtout par perdre toute lisibilité. La mise en scène accentue cette impression. Guy Ritchie reprend certains procédés stylistiques qui faisaient l’efficacité de ses premiers films, entre un montage rapide, une voix off, des ruptures de rythme… Mais ici, ces effets sont utilisés pour masquer la confusion du récit plutôt que pour le dynamiser. Une démonstration qui finit par tourner à vide, et surtout par nous perdre. Une branlette intellectuelle !
L’affrontement final entre Jason Statham et Ray Liotta, où ce dernier retient une fillette en otage, résume à lui seul l’absurdité du film. La scène sombre dans une philosophie de pacotille incompréhensible où les personnages débitent des tirades grandiloquentes pendant que la mise en scène s’agite dans tous les sens. À ce stade, on a totalement perdu le fil. Tout est déjà confus et abstrait depuis un moment, mais ça n’aide pas mieux, surtout que ce final s’avère parfaitement vain. On ne suit plus une histoire, on assiste simplement au pétage de plombs d’un film qui se prend désespérément pour plus intelligent qu’il ne l’est. Lorsque le générique de fin apparaît, il ne reste ni tension ni satisfaction, seulement un mélange d’incompréhension et de soulagement d’enfin sortir de ce délire prétentieux signé Guy Ritchie. Ce basculement vers le grand n’importe quoi n’arrive pas dès les premières minutes du récit, mais après plus de la première moitié du film, où on assiste à une séquence dans un ascenseur censée représenter l’affrontement intérieur du personnage principal, Jake Green (Jason Statham). Le récit bascule alors dans un chaos visuel et narratif total où différentes facettes de sa personnalité s’opposent. La scène devient rapidement incompréhensible et frôle le grand n’importe quoi, donnant l’impression que le film perd totalement le contrôle de sa propre logique. Et à partir de là, jusqu’au lever de rideau final, plus rien n’a de sens. Le casting n’aide pas vraiment à sauver l’ensemble. Jason Statham, dans le rôle de Jake Green, tente d’incarner un personnage en pleine crise psychologique, mais l’écriture ne lui offre jamais une trajectoire réellement cohérente. Lorsqu’il n’est pas stoïque au possible, il nous offre des accès de colère et des pétages de plombs qui deviennent involontairement grotesques. Vincent Pastore et André 3000 incarnent deux manipulateurs mystérieux censés guider le protagoniste, mais ils sont tellement abstraits qu’ils finissent par nous agacer. Deux acteurs parviennent toutefois à tirer leur épingle du jeu. Ray Liotta impose une présence crédible dans le rôle du gangster Dorothy Macha. Seulement, se retrouve complètement sabordé par l’ampleur instable du récit. Et Mark Strong se montre parfaitement à sa place dans un rôle froid et dangereux qui correspond bien à son registre habituel. Sur le plan technique, le film reste correct sans être particulièrement remarquable. La photographie de Tim Maurice-Jones assure une atmosphère sombre et urbaine convenable, tandis que la direction artistique et les décors restent fonctionnels. La musique de Nathaniel Méchaly accompagne efficacement certaines séquences, mais elle ne suffit pas à donner une véritable identité au film.
CONCLUSION :
Revolver est un film qui veut tellement paraître brillant et complexe, qu’il s’enferme lui-même dans un exercice de style terriblement prétentieux. En cherchant à transformer un polar criminel en réflexion philosophique sur l’ego et la manipulation, Guy Ritchie a construit une œuvre confuse, artificielle et souvent irritante. Voilà pourquoi Revolver donne surtout l’impression d’un film qui se saborde lui-même. À force de vouloir paraître profond et intelligent, le cinéaste en oublie l’essentiel, à savoir raconter une histoire compréhensible et donner de la consistance à ses personnages. Ce qui aurait pu être un thriller psychologique ambitieux devient finalement un exercice de style creux.
Une démonstration assez parlante qu’un film peut être compliqué… sans jamais être véritablement intelligent. Ne reste qu’un polar prétentieux qui confond complexité et confusion.
« C'est une destination imaginaire qui est censée être un point de rencontre entre Est et Ouest, quelque part au milieu de l'Océan Atlantique » — Guy Ritchie