Riz amer, de Giuseppe De Santis, s’impose comme l’un des sommets du néoréalisme italien. Né dans l’immédiat après-guerre, ce courant cinématographique, porté notamment par Roberto Rossellini, Vittorio De Sica, Federico Fellini ou encore Luchino Visconti, ambitionne de capter la réalité brute d’un pays meurtri. Caméras à l’épaule, décors naturels, visages anonymes : le cinéma descend dans la rue pour filmer le peuple, avec une liberté apparente qui dissimule en réalité une grande rigueur de mise en scène.
Chez De Santis, cette veine réaliste se teinte volontiers de mélodrame, voire d’accents de film noir. Riz amer en est l’exemple le plus éclatant. Sous couvert de chronique sociale, le film épouse les codes du polar : un couple de voleurs en fuite trouve refuge dans les rizières de la plaine du Pô, où la tension dramatique ne cesse de croître. Le cinéaste y orchestre une hybridation fascinante des genres, mêlant observation quasi documentaire, fatalité noire et élans romanesques.
Mais le film doit aussi sa puissance à la révélation de Silvana Mangano, dont la présence magnétique crève littéralement l’écran et la propulse au rang d’icône. À ses côtés, Vittorio Gassman et Raf Vallone incarnent avec intensité les tensions morales et sociales qui traversent le récit.
Œuvre hybride, à la fois documentaire, film noir et fresque romanesque, Riz amer demeure aujourd’hui un classique incontournable, témoignant de la richesse et de l’audace formelle du néoréalisme italien.