ROSE est un récit d'autrefois, comme l'annonce d'emblée une voix off contant au passé. Inspirée d'une histoire vraie, scandaleuse en son temps, cette histoire résonne pourtant avec notre époque, dénonçant la longue émancipation des femmes.
ROSE est avant tout un film de mise en scène. Tel un tableau naturaliste où la sobriété devient presque un personnage secondaire, c'est dans un magnifique noir et blanc que transparaît l'austérité d'une vie sans issue. Tirant l'épure jusque dans les sonorités, le réalisateur laisse toute la place au quotidien et à son actrice.
Sandra Hüller est remarquable dans le rôle, cœur battant du film, cherchant sans cesse à se dérober à chaque plan, jouant avec la caméra dans une danse d'esquive.
Le film atteint pourtant vite ses limites. Il observe neutralement ce fragment d'existence, ne disséquant que peu les mécanismes de la fraude. Le rythme manque d'élan et de l'étincelle que l'on aperçoit pourtant au détour d'une puissante scène de monologue.
ROSE semble inspiré du cinéma de Dreyer, dont il reprend certaines incarnations et une forme de rigueur visuelle. Mais là où La Passion de Jeanne d'Arc ou Ordet atteignaient une forme de grâce par leur mysticisme magnétique, le film souffre ici d'un manque d'incarnation en son centre.