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le 12 nov. 2025
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Quel plaisir de retrouver Edgar Wright dans un univers dystopique aussi barré ! On savait que l’adaptation de Running Man était l’un des projets majeurs du réalisateur, qui lui tenait...
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En cette fin d’année, voici le retour d’un auteur tout particulièrement fascinant par la direction de sa réalisation, sa technicité et sa volonté de toujours proposer — au-delà de scénarios vraiment bien construits — un rythme frénétique qui donne toute l’âme et la saveur du cinéma de notre cher Edgar Wright, avec des œuvres telles que Baby Driver ou encore la Trilogie Cornetto : Shaun of the Dead, Hot Fuzz ou Le Dernier Pub avant la fin du monde.
Ainsi, il n’est pas surprenant de voir le réalisateur britannique s’approprier la fureur et l’urgentisme du célèbre roman Running Man de Stephen King, déjà adapté à l’écran en 1987 par Paul Michael Glaser avec Arnold Schwarzenegger : un film culte pour certains, mais extrêmement kitsch et ridicule, ne reflétant jamais les thématiques sombres et désespérées du livre de 1982. Une très mauvaise adaptation donc…
Pour autant, cette nouvelle adaptation (et non un remake) sauce Wright semblait vraiment être partie pour devenir un jouissif défouloir, bien plus fidèle et respectueux de l’œuvre originale, tout en y décelant un message politique assumé et cinglant, à l’image de cette Amérique totalitariste où le seul élément de divertissement pour le public semble être la culture de la mort en direct ou tout bonnement de la télé-réalité : la culture du vide. Tiens donc… tout cela me paraît familier… Bref.
Malgré certaines inquiétudes, telles que le ton se voulant un peu trop cool et détente à l’image de la cinématographie de Wright — un ton qui ne semblait pas forcément en adéquation avec l’ambiance générale du livre original — l’ensemble paraissait encore cohérent et intriguant.
De ce fait, Glen Powell est à l’honneur en tentant de survivre pendant 30 jours face à une bande de tueurs professionnels qui vont le traquer jour et nuit. Ainsi, le show peut commencer…
Eh bien, on peut dire que le spectacle est au rendez-vous. En effet, si beaucoup de défauts sont à développer et éclaircir, on ne peut pas enlever la générosité et l’énergie dont fait preuve Edgar Wright tout au long des 2 h 13 de film.
La plus grande force de son œuvre reste encore une fois son talent inné pour l’action et le rythme. Un rythme moins présent que dans ses films antérieurs, mais qui conserve une vraie audace et suffisamment d’action pour être divertissant.
Encore une fois, Wright n’est pas avare en action, même si elle peine à démarrer — ce qui n’enlève rien au rythme, certes moins rebelle et subversif, pour une vision plus mature. Moins « bling-bling », on sent une volonté de mélanger la manière de sa période anglo-saxonne et la fluidité rythmique de ses films plus américains.
Ainsi, l’action paraîtra plus sage pour certains, mais elle garde néanmoins la soif de colère que Wright insuffle à son cinéma. D’ailleurs, le terme « colère » n’est pas choisi au hasard : le film renferme une rage incroyable chez à peu près tous ses personnages, ce qui constitue une vraie force, magnifiée par les performances vraiment convaincantes de nombreux comédiens.
Glen Powell en tête : on pouvait être inquiet, tant son visage très comique pouvait laisser craindre une dramatisation ratée du récit. C’est pourtant une pure calomnie. Cette version semble bel et bien la plus fidèle et respectueuse du roman original de Stephen King, conservant cette ambiance sombre et colérique tout en diluant subtilement le ton provocateur et amusant de l’émission Running Man.
Le ton est d’ailleurs extrêmement bien retranscrit, tant Wright a su développer méthodiquement chaque détail pour nous faire croire à cette Amérique dystopique de 2025 sous dictature, grâce à une plastique des décors et des environnements d’une délicieuse cohérence.
Techniquement irréprochable, on peut toutefois déceler dans ce Running Man 2025 une légère déception concernant plusieurs approfondissements scénaristiques, notamment un final bien exploité et intéressant, mais beaucoup trop frustrant et mal équilibré dans la résolution de certaines intrigues, conclues à la truelle malheureusement.
On pourrait aussi reprocher la frustration de ne pas voir Wright entreprendre pleinement le risque d’adapter la fin originale du roman, absolument inoubliable par sa fureur et sa brutalité, qui laisse un arrière-goût amer. À la place, il opte pour une conclusion plus classique mais néanmoins convaincante, malgré une résolution un peu rapide.
Si l’on oublie le dénouement final, le roman de Stephen King a enfin droit à un véritable traitement de faveur. Enfin l’ambiance du livre est là. Enfin le personnage de Ben Richards a de l’intérêt, et n’est plus le bodybuilder casseur de gueule façon Schwarzenegger. Ici, le personnage est intéressant, loin de l’archétype du héros gentil et protecteur. Glen Powell apporte une colère et une fureur jamais vues chez le comédien. Là où votre serviteur était sceptique quant au choix de Wright, il faut admettre qu’il est bluffant dans le rôle : probablement sa meilleure performance, loin du beau gosse de Top Gun: Maverick ou Twisters.
Ici, Powell en impose par la force qu’il donne à son personnage et par sa volonté de poursuivre jusqu’au bout sa quête de survie. Ici, Glen Powell devient Glenn Power !
Les autres comédiens restent malheureusement trop dans l’ombre de Powell, à commencer par Coleman Domingo — pas assez présent, ce qui frustre tant le personnage semblait vraiment fun, détestable et légèrement parodique. Très bon, mais trop peu visible. Pareil pour Josh Brolin, excellent dans le rôle du patron de l’émission Running Man, mais lui aussi trop peu développé pour nous faire croire pleinement à son côté machiavélique. Le reste du casting (Michael Cera, Katy O’Brian, Lee Pace) manque également de présence pour vraiment marquer. Il semble vraiment que Powell crève l’écran… et l’émission.
Ainsi, les fanatiques de Wright seront peut-être déçus par une réalisation parfois un peu trop sage ; mais pour moi, il s’agit plutôt d’une démarche plus mature et moins égocentrique de la part du réalisateur britannique. Dire qu’il s’agit d’un film mineur dans sa filmographie serait faux : Running Man est un pur film d’Edgar Wright, offrant à la fois une adaptation correcte et respectueuse de Stephen King, et une vision plus sage et adulte de sa cinématographie.
En somme, le spectacle fut cool et savoureux, à l’image de Wright. Showtime !
Running man : 7,5/10
Créée
le 19 nov. 2025
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