Running Man
5.9
Running Man

Film de Edgar Wright (2025)

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Le temps a bien passé depuis ses tous débuts derrière la caméra.

Maintenant plus de vingt ans que Shaun of the Dead est sorti, ce qui fait qu'Edgar Wright n'est plus cet éternel jeune flambeur prometteur qu'on a longtemps aimer présenter, mais bien un auteur installé dont la filmographie définit désormais une trajectoire plutôt claire. Et alors que cela faisait quatre ans qu'on ne l'avait pas vu, ce Running Man sort dans les salles pour nous confirmer ce qu'on sait tous déjà de lui : Edgar Wright restera un gosse au cinéma, pour le meilleur comme pour le pire.


Pour le meilleur, c'est vrai, parce qu'on ne pourra pas reprocher à l'auteur anglais de mettre tout ce qu'il peut dans chacun de ses films. On sent que chaque plan est pensé ; que le rythme et l'élan comptent beaucoup chez lui et qu'il n'est jamais avare en effets et en efforts dans l'espoir de porter son public avec un spectacle enlevé.

En cela, Running Man fait sa part de blockbuster – aurais-je envie de préciser : sa part de film d'action – multipliant les changements de rythme, garantissant ses moments de mitraille réguliers avec une variété digne de ces grands standards du genre encore en vigueur il y a de cela quelques décennies...

En cela le film se veut généreux et rigoureux, ce qui est fort louable au regard de ce qu'est devenu le cinéma étatsunien de notre temps.

Pour un public nostalgique de ce « bon vieux temps », Running Man peut donc avoir le mérite de remettre la barril de poudre au centre du village et ainsi valoir le détour.


Cependant, difficile en contrepartie de ne pas (très vite) voir à quel point ce film présente aussi tous les défauts de ses qualités.

Que ce film se veuille la reprise d'un vieux classique avec Schwartzy ne relève en cela pas du détail. Parce qu'à remobiliser une vision passée (voire dépassée) du futur, Wright donne finalement l'impression de fuir les exigences du genre, notamment pour ce qu'il peut avoir de corrosif.

Certes, il n'y a rien d'impertinent à rappeler que les dystopies d'hier tendent à devenir de plus en plus d'actualité de nos jours, mais en mobilisant un monde aussi daté – où c'est la télé qui est reine et où rien ne semble exister au-delà de son règne – Running Man mobilise un univers aux codes si installés (et en décalage avec le monde de maintenant) que ceux-ci agissent davantage comme une imagerie de parc à thème plutôt qu'une projection de la société réelle.

Pourquoi, par exemple, ne pas avoir réadapté l'intrigue à l'ère des cabales menées sur Internet ? Tout ça a quand même clairement de belles allures de dérobade...

Encore et toujours, Edgar Wright semble peiner à quitter son attitude de jeune trublion...


Et c'est cela au fond qu'il y a de plus gênant dans ce Running Man. D'un côté Wright essaye d'investir la dimension sociale de son intrigue, mais de l'autre sa maladresse confine à la balourdise infantile. On balance des évidences avec la subtilité d'un ado qui découvre l'injustice du monde, si bien que la démarche est quand même très vite éventée, surtout au regard de ce déluge d'attractions visuelles – voire parfois au vu des guignoleries –

(je pense notamment au passage dans le manoir piégé)

dont Wright se sent à chaque fois obligé.


C'est ce qui fait qu'au bout du compte, ce Running Man peine à n'être autre chose qu'un simple parc d'attraction. Le film enchaînant les figures imposées sans jamais vraiment chercher à instaurer de véritables tensions, la violence affichée est moins une crudité rude infligée au spectateur qu'un énième avatar de violence cool au service d'un parcours d'obstacles scripté et face auquel notre bon héros ne semble finalement pas tant que cela en danger.

Comble du comble : Wright va jusqu'à s'autoriser un final assez naïf qui, quand bien même est-il conforme à celui du film d'origine, rappelle au fond la réelle nature du projet de l'auteur. Au fond il ne s'est jamais vraiment agi de réactualiser l'œuvre de 1987, mais bien davantage de la faire revivre, comme le passé révolu qu'un jeune gamin fantasme.

Et s'il n'est clairement pas dans mon intention de reprocher par principe à un auteur de vouloir faire revivre un cinéma dont il est nostalgique juste pour le plaisir de le faire, le fait est que, malheureusement, à notre époque, ce genre de démarche est plutôt monnaie courante ; tellement courante qu'il est difficile d'y voir autre chose qu'une incapacité généralisée du cinéma étatsunien d'aujourd'hui à produire une science-fiction un minimum d'actualité.

Le futur c'était hier, et au sein de cette culture du regard dans le rétroviseur, Edgar Wright peine finalement à se distinguer de la grande masse des yes men sans inspiration.


Au bout du compte, ce Running Man aura beau faire un minimum son job de blockbuster qu'il peine malgré tout à dépasser son statut de décalcomanie tiédasse, ne parvenant pas à trouver sa propre consistance.

On pourrait même être tenté de voir dans les quelques emprunts visuels opérés, en début de film, à des œuvres plus récentes comme Black Mirror ou Squid Game, une sorte d'aveu d'impuissance de la part d'Edgar Wright. Ne sachant générer par lui-même sa propre actualisation de l'univers de Running Man, Wright emprunte la surface de références plus récentes à défaut d'être parvenu à en saisir l'esprit.


Jusqu'au bout, l'approche adolescente l'aura emporté. L'emprunt, la ref, la blague, le fun...

Tout ça peut produire de la bonne distraction, j'entends, mais c'est tout de même bien juste pour aspirer à autre chose que du cinéma pour enfants...


Dommage pour lui.

Mais surtout : dommage pour nous...

lhomme-grenouille
5

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Créée

le 21 nov. 2025

Critique lue 222 fois

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