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Le cinéma de Claire Denis tient du mystère. Inclassable, il ne cesse de surprendre comédiens et spectateurs par l’expérience de transe qu’il implique au service d’une investigation esthétique d’un milieu social strictement défini, soucieux de recomposer par les déplacements libres ou contraints de la caméra une géographie de l’espace parcouru : la base militaire de Beau Travail (1999), le bar nicaraguayen de Stars at noon (2022), l’appartement d’une artiste dans Un Beau soleil intérieur (2017), un vaisseau spatial dans High Life (2018). L’essentiel, pour la cinéaste, est l’évolution de corps dans des décors qu’ils habitent tout autant qu’ils les habillent.

S’en fout la mort investit une terre de passage située entre deux carrefours commerciaux, l’un étant le marché de Rungis, l’autre l’aéroport d’Orly, un endroit où peu de monde s’arrête, rendu difficile d’accès suite à l’intervention de la police afin de condamner une aile, qui ne vit que par sa boîte de nuit – tenu par le fils – et par ses combats de coqs – organisés par le père. C’est là que travaillent deux hommes noirs, personnages principaux alors même que rien ne les prédispose à occuper cette fonction : ils travaillent dans l’ombre, entraînent la volaille, dépendent des recettes engrangées par les paris. Claire Denis semble fascinée par les marginaux, par les paumés, à l’instar du beau Pattinson reconverti en prisonnier que la caméra scrutera de la tête aux pieds (High Life) ; pour autant, cette approche sensuelle refuse la fétichisation et les artifices, capte des bribes de peau dévêtue, meurtrie ou endolorie dans l’urgence de leur dévoilement.

Une lecture simpliste associerait la lutte pour la survie de Dah et Jocelyn à celle des coqs enfermés dans l’arène ; il faudrait plutôt y voir l’inverse, c’est-à-dire le transfert de la puissance, des angoisses et des espoirs debout des deux hommes dans le corps de l’animal préalablement faits selon leurs exigences. Ainsi comprenons-nous mieux le passage de la griffe depuis le coq vers l’entraîneur lors du dernier combat, symbole de leur connexion et du flux vital qui les unit. Cette pertinence de propos souffre cependant de longueurs et de répétitions qui réduisent la force de frappe d’une œuvre sinon digne d’intérêt.

Créée

le 31 mars 2025

Critique lue 37 fois

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