Quatre ans après Belle, son plus gros succès au box office en date, Mamoru Hosoda sort son nouveau film, Scarlet ou l’éternité. Toujours produit par son propre studio, Studio Chizu, mais pour la première fois co-financé par Sony, le film était assez attendu et assez intriguant sur le papier puisque Hosoda avait annoncé que Scarlet serait différent de ses films précédents autant esthétiquement que narrativement.
Le film est une réécriture d’Hamlet. Scarlet, fille du roi Amlet est le témoin de l'exécution de son père par son oncle, Claudius et sa mère, Gertrude. Elle jure alors de le venger, mais après une tentative ratée elle se retrouve dans le pays des morts où elle a une seconde chance d’exercer sa vengeance.
Si l’intrigue de base, et tous les noms des personnages et des lieux sont inspirés par Shakespeare, le dilemme le plus populaire de la pièce, agir et perdre sa vie ou ne pas agir et laisser une injustice impunie est absent du film. Une réflexion très superficielle sur la vengeance prend sa place. Elle est d’autant plus superficielle que la dichotomie entre Amlet et Claudius est extrêmement manichéenne, l’un est très gentil, l'autre très méchant, et que le personnage censé incarner une alternative à la vengeance n’apporte aucune réelle solution. Situé l’action dans le pays des morts semblait une bonne idée, cela fait écho au fantôme du roi de la pièce et répond à la question de Hamlet de savoir si la mort lui apportera un repos éternel ou de nouveaux problèmes, mais cela rend la narration complexe et confuse surtout que Hosoda ne peut s'empêcher de rajouter à tout ça des voyages dans le temps, dont on aurait pu aisément se passer.
Visuellement, le film continue dans la lignée de Summer Wars et Belle à explorer les possibilités de l’animation 3D. Mais, si dans les deux films précédents l’utilisation de la 2D et de la 3D servait à différencier deux mondes séparés, les techniques sont ici mélangées. On passe de plans avec des décors photo-réalistes en 3D et des personnages en 2D à des plans sans décors et avec des personnages en 3D. Là encore, l’idée semble intéressante et en accord avec la pièce et sa réflexion sur la réalité et l’illusion, mais, à part quelques plans comme ceux du début ou ceux du dragon assez réussis, le résultat est plus une totale dissonance visuelle qu’un parti pris graphique radical.
Au final, le film est ambitieux, et c’est tout à l’honneur de Hosoda d’essayer d’innover, même si l'on retrouve dans Scarlet certaines de ses marottes, mais il rate sa cible aussi bien au niveau narratif que visuel. Et, malgré des idées intéressantes, le film est globalement très confus, très long et pas très beau.