Scream 4 par Vincent Montagnana
Capable du meilleur comme du pire, Wes Craven entretient une relation ambiguë avec le genre qui a fait sa petite gloire. Le cinéaste possède un indéniable savoir-faire pour mettre en scène de vrais moments de pure terreur. Mais cette application se double d'un regard distancié et ironique qui existait dès ses débuts : rappelez-vous les scènes comiques avec les deux flics de La Dernière maison sur la gauche dans un contexte globalement assez malsain de viol, de meurtre et de vengeance.
C'est donc en toute logique dans les années 80 que Craven a donné le meilleur de lui-même, à une époque bénie où l'horreur se prenait encore un peu au sérieux mais n'hésitait pas aussi à renouer avec ses origines foraines et grand-guignolesques.
Puis, Scream. Petite pochade meta pas idiote et plutôt bien troussée : la scène d'ouverture avec Drew Barrymore, qu'on aime ou pas le film, fait partie des grands classiques de la peur. Sur un mode un peu mineur, Scream 2 prolongera l'expérience avec le même sens du mélange des genres et de la réflexion théorique rigolarde. Puis viendront le très oubliable Scream 3 et pléthores de slashers sans intérêts qui viendront gentiment polluer des années 90 au cours desquelles le genre aura beaucoup de mal à se refaire une jeunesse.
Alors que l'horreur tente difficilement un retour aux sources à travers de nombreux remakes et des hommages appuyés aux décennies précédentes (The Devil's Rejects, Piranha 3D, etc.), que pouvait bien faire Craven pour inscrire Scream dans les années 2000 ? Simple : continuer dans la même veine postmoderne en s'amusant avec le concept du remake, comme Scream 2 l'avait fait avec celui du sequel et Scream 3 avec celui de la trilogie (avec beaucoup moins de bonheur...)...
Est-ce que ça fonctionne ? Du point de vue réflexif, plutôt bien, avec une intro relativement amusante qui multiplie les mises en abîme et les allusions aux films précédents, voire à ses parodies (les Scary Movies). Williamson, le scénariste, se sort plutôt bien de cet enchevêtrement d'auto-références et parvient à faire co-exister deux générations de victimes potentielles, le trio original empâté et botoxé, et des petits jeunes un peu fadasses. Là où le bât blesse c'est que Craven est loin d'être aussi en forme : si la thématique de la surenchère inhérente aux remakes et aux reboots le pousse dans des excès gores assez réjouissants, on ne peut pas vraiment dire qu'il y retrouve sa légendaire efficacité pour créer du suspense. Ultime paradoxe de ce quatrième opus : difficile de faire peur avec quelque chose qu'on a déjà montré, décortiqué et moqué.