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le 21 janv. 2018
SuivreBradley, brutal et bestial
Après un coup d'éclat aussi marquant que Bone Tomahawk, on attendait S. Craig Zahler au tournant. Dans un premier temps, on aurait bien du mal à déterminer une continuité de style dans un tel...
Comme Bone Tomahawk, Section 99 prend son temps et dispense une violence soft pendant 1h30, avant de finir sur les chapeaux de roue dans un carnage inouï.
Bradley Thomas (Vince Vaughn) est un colosse de presque deux mètres qui arbore une énorme croix tatouée à l'arrière de son crâne rasé. Il a l'air d'une grosse brute, mais Bradley est en fait un gros nounours tranquille. Son boss le licencie ? Il vide son casier et s'en va sans rien dire. Deux connards le cherchent en voiture ? Il se contente de les regarder et les laisse partir. Sa femme le trompe depuis trois mois ? Il a une explication calme avec elle et lui propose de commencer une nouvelle vie ailleurs. Sauf que juste avant, il a soigneusement pété à mains nues la voiture de madame garée devant la maison. Bradley a beau être un gentil nounours, faut pas trop le chercher. Et il possède une force physique certaine.
Il travaille comme coursier pour Gil, un gros trafiquant de drogue. Après une transaction avec un trafiquant mexicain Eleazar interrompue par la police, Bradley est envoyé en prison pour une peine de sept ans. Les choses basculent quand il apprend que sa femme enceinte a été kidnappée par Eleazar qui lui reproche l'échec de la transaction. Bradley accepte de tuer un homme emprisonné dans une autre prison en échange de la libération de sa femme. Je vous épargne les détails sordides de ce qui arrivera à la femme et à son bébé si Bradley échoue... Le problème, c'est que le prisonnier qu'il doit tuer est à Redleaf, une prison de sécurité maximale. Bradley est donc obligé de sortir de sa placidité naturelle et de tabasser quelques gardiens, ce qu'il ne fait pas de gaieté de coeur.
Une fois transféré à Redleaf, il se rend compte que le fameux Christopher Bridge qu'il doit exécuter reste inaccessible car il se trouve dans le bloc 99 réservé aux "tueurs et violeurs de femmes ou d'enfants et psychopathes". Bradley va donc faire ce qu'il faut pour passer pour un psychopathe - aux dépends de l'intégrité physique des gardiens - et est enfermé au bloc 99 où les conditions de vie sont particulièrement dures. Mais le pire, c'est que Christopher Bridge est inconnu au bataillon.
C'est à partir de là que le film passe à la vitesse supérieure et aligne un nombre impressionnant de bagarres et de mutilations de plus en plus gore. On ne compte plus les bras et jambes cassés à mains nues, les têtes écrabouillées sous la chaussure ou les visages traînés par terre, le tout accompagné des sons organiques adéquats.
Section 99 est un film à prendre au second degré, surtout dans la dernière partie. Les bagarres sont très chorégraphiées, les bruits sont exagérés. Vince Vaughn n'est pas Bruce Lee. Il n'a pas la même énergie bondissante. Il se déplace lentement et se repose sur sa force physique. Il ne fait pas dans la dentelle : il broie, casse, écrabouille membres, têtes et colonnes vertébrales comme il désosse la voiture de sa femme. C'est pas raffiné mais très efficace. Et il fait tout ça avec calme et un visage impassible.
Le second degré n'empêche pas les mutilations d'être horribles. La vision des têtes écrabouillées et des visages arrachés est brève mais hard.
Le second degré se retrouve aussi dans les prisons. Après la première prison moderne, confortable et accueillante, Bradley se retrouve à Redleaf, une prison qui tient plus du donjon moyenâgeux que de la prison.
On y trouve une salle de torture avec sa collection d'instruments, les cellules sont de véritables culs-de-basse-fosse insalubres à l'odeur insupportable à cause des toilettes bouchées et les mauvaises têtes sont équipées d'une ceinture qui dispense des décharges électriques.
On est clairement plus du tout dans le réalisme et les bagarres qui vont s'enchaîner ensuite restent dans le ton.
Enfin, le second degré se retrouve partout dans les dialogues souvent très sarcastiques. L'éternelle placidité de Vince Vaughn est aussi une source d'amusement inépuisable. Le regard impassible de Vince Vaughn, pendant que Don Johnson, l'inénarrable directeur de Redleaf, roule des mécaniques en lui débitant son discours de bienvenue censé l'impressionner, est à hurler de rire.
Après tout ce second degré, le film se termine dans l'émotion, avant un écran noir brutal comme dans Bone Tomahawk. Zahler n'aime visiblement pas s'éterniser dans un épilogue.
Vince Vaughn est formidable en géant sensible au calme olympien capable de broyer tout sur son passage quand nécessaire. Il suscite une énorme empathie d'un bout à l'autre du film.
J'ai encore plus apprécié que la première fois. J'ai donc fait passer ma note de 7 à 8.
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Créée
le 8 août 2026
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