Le revoilà ce bon vieil oncle Sam ! Le Sam qui s’amuse et se fend d'un rire sardonique derrière la caméra.
Le revoilà pour nous dépeindre deux personnages, deux visions du monde qui s'affrontent à la sauce "Rendez-vous en terre inconnue chez les Happy Tree Friends". Un rapport de force aussi brutal que drôle.
D’un côté, Rachel McAdams, exceptionnelle de bout en bout. Linda Liddle. Femme ultra-compétente, travailleuse, loyale, promise à un poste qu’elle mérite sur le papier… mais qui pèche par un détail rédhibitoire : son paraître. De l’autre, Bradley Preston, jeune PDG parachuté à la tête de la boîte après la mort de son père. Costume trop petit pour y faire tenir ses ambitions, son humanité, et surtout son ego. Dylan O'Brien y est imbuvable.
La première partie est un régal d’observation sociale à la sauce Sam Raimi. Il y installe son terrain de jeu avec une cruauté douce. Linda accumule les maladresses, les monologues gênants, les tentatives de normalité qui sonnent faux. Et nous, spectateurs, on se surprend à sourire. Pas par méchanceté. Par inconfort, parce que Linda dénote.
Et vient un sandwich au thon, une bouche mal essuyée et une tâche qui s'affiche là comme un furoncle purulent, prêt à vous innonder de pus. Une scène qui suinte déjà le Raimi pur jus. On hait Bradley instantanément. Petit chef gonflé à l’arrogance hiérarchique, mépris social en bandoulière. Et quand le crash survient, on l’accueille presque avec un sourire coupable.
À partir de là, Raimi fait ce qu’il sait faire de mieux : entremêler le rire et le crade.
Un film de naufragés, oui, mais passé à la moulinette de son cinéma exubérant, malicieux, délicieusement provocateur. Un cache-hublot qui se ferme sans scrupule. Des animaux presque grotesques, affichés comme autant de monstres trucidés. Des situations aussi tendues qu'absurdes. On rit franchement et on profite de cette inversion qui s'opère.
C'est méthodique, un brun sadique. Chaque scène creuse un peu plus la tension. Les trêves entre les personnages sont pleines de non-dits, de rancœurs prêtes à exploser. Ça escalade - au sens propre comme au figuré - et Raimi nous fait savourer chaque palier. Malgré un léger ventre mou d’un quart d’heure où le récit tourne un peu en rond, la mécanique reste implacable et se relance dès qu'on le remarque.
Et quand la cohabitation n'est plus possible, quand il n'est plus du tout question de survie, on saute à pieds joints comme des enfants dans une flaque de sang, dans une ambiance de joyeuse fureur fidèle au réalisateur des premiers Evil Dead. Le final est pervers, jubilatoire, presque obscène, un final à la mesure du film, qui nous laissent la mâchoire décrochée par un rire cynique et coupable.
Impossible d’oublier Linda Liddle de la compta… euh pardon, du SERVICE STRATEGIE ET PLANIFICATION.