Send Help
6.4
Send Help

Film de Sam Raimi (2025)

Sam Raimi renoue avec ses racines les plus viscérales dans Send Help, et le simple fait de le voir revenir au survival déjanté après des années de servitude chez les super-héros justifie à lui seul le déplacement. L'histoire est d'une simplicité trompeuse : deux collègues que tout oppose, Linda Liddle (Rachel McAdams) et Bradley Preston (Dylan O'Brien), échouent sur une île déserte après un crash d'avion. L'heure est d'abord à la survie, à la nécessaire coopération mais très vite, ce qui ressemble à un énième Koh-Lanta de l'horreur vire à l'épreuve de force cruellement drôle, une bataille d'appétits où chacun cherche à jouer plus fin que l'autre, et où la vraie nature des personnages émerge des hectolitres de faux sang projetés avec la gourmandise artisanale d'un Sam Raimi enfin de retour au bercail.


Car le cinéaste, ici, retrouve son bac à sable et ses jouets préférés. Loin des contraintes numériques des blockbusters, il renoue avec les effets visuels concrets, les matières organiques répugnantes et cette mécanique horrifique qui l'avait jadis hissé aux côtés de David Cronenberg et John Carpenter. Mais Send Help ne se contente pas de nous régaler de sauvagerie cartoonesque : le film porte un regard étonnamment moderne sur son héroïne. Linda Liddle n'est ni une femme d'affaires glacée ni une victime passive du patriarcat. Elle est simplement ambitieuse et opportuniste, saisissant l'occasion d'inverser les rapports de force avec une détermination qui la rend bien plus badass que toutes les Lara Croft idéalisées. Rachel McAdams, impressionnante de physicalité et de précision, incarne cette complexité avec une palette rare, tandis que Dylan O'Brien compose un Bradley si profondément détestable qu'on en vient à lui souhaiter le pire, ce que le film ne nous épargnera pas.


Sam Raimi nous force d'abord à épouser la cause de Linda, la souffre-douleur résiliente, avant de distiller le doute sur sa véritable nature. L'inversion des baromètres moraux culmine dans un final génialement amoral. Servi par une mise en scène furieusement libre, gros plans outranciers, combat mémorable contre un sanglier, tempêtes et regards en coin qui laissaient espérer une romance avant que le piège ne se referme, Send Help s'impose comme le pur divertissement hivernal dont on avait besoin : jouissif, vicieux et revigorant comme une douche froide dans la grisaille.

Créée

le 14 févr. 2026

Critique lue 27 fois

Critique lue 27 fois

4

D'autres avis sur Send Help

Send Help

Send Help

4

Le_Videoclub_

le 11 févr. 2026

Suivre

Raimi, Sang, Famille

Désolé, mais si ça n'avait pas été Raimi derrière la caméra, personne n'aurait donné du crédit à ce film ultra bancal.Alors oui, c'est plutôt malin de vouloir renverser le récit de survie lambda...

Send Help

Send Help

6

Sergent_Pepper

le 13 févr. 2026

Suivre

Gutter Island

Alors que les franchises avaient envahi les salles obscures au point d’aller débaucher des cinéastes de talent, peut-être est-on entré dans la période de l’après : Chloé Zhao propose Hamnet, et Sam...

Send Help

Send Help

7

Plume231

le 9 févr. 2026

Suivre

Le plus irrésistible visage de la cruauté !

Me retrouver seul sur une île déserte avec Rachel McAdams n’est pas franchement l’idée que je me fais de la pire situation qui pourrait m’arriver, de l’incarnation absolue de l’Enfer. Pour tout...

Du même critique

The Last Viking

The Last Viking

9

La-derniere-seance

le 10 févr. 2026

Suivre

Drôle, brutal et d’une justesse psychologique remarquable

Dans la comédie noire surréaliste d'Anders Thomas Jensen, Mads Mikkelsen est magistral en Manfred, un homme dont l’existence bascule lorsque son frère cambrioleur, Anker, est arrêté. Ce dernier lui...

The Bride!

The Bride!

2

La-derniere-seance

le 4 mars 2026

Suivre

Quand Barbie rencontre Frankenstein

Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip...

Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres

10

La-derniere-seance

le 19 mars 2026

Suivre

Dans la tête d'un collabo

Le Rayon et les ombres n’est pas un film de plus sur la Collaboration. Xavier Giannoli fait le choix courageux de la lenteur et de l’ambiguïté pour traquer, en trois heures quinze, ce qui se passe...