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Soyons honnête : quand un dispositif cinématographique place deux individus, l'un très riche et l'autre plus précaire, reliés par un rapport hiérarchique au sein d'une économie capitaliste, sur une île déserte pour s'écharper, c'est pour rejouer la lutte des classes. Rien d'autre. Sam Raimi, 66 ans, n'est pas tombé de la dernière pluie.
La manière d'organiser le récit et de construire les personnages va suivre ce trope scénaristique et cette mécanique de classe, et situer le récit dans un prisme politique. Si l'on présente le bourgeois comme une ordure égocentrique, prétentieuse, manipulatrice, violente, incompétente et stupide, ET si l'on place le personnage originellement subordonné dans une dynamique d'émancipation par l'effondrement des structures traditionnelles de domination, alors le parti pris, le même choisi par Ruben Östlund dans Sans filtre (Triangle of Sadness) en 2022, c'est d'accepter la fameuse "common decency" de George Orwell (ce qui n'empêche pas de conserver une forme de cynisme visuel). En clair, si les classes populaires peuvent prendre leur revanche, elles sont spontanément attachées à une forme de "morale ordinaire", fondée sur une solidarité de classe et un refus par principe de la cruauté et de l’injustice. Qu'on le justifie par une "essence" ou par une construction culturelle et éducative, ça ne change pas la question.
Alors, Monsieur Sam Raimi, POURQUOI ?
Pourquoi, dans Send Help, avoir rendu le personnage de Linda Liddle (interprétée avec talent par Rachel McAdams) aussi gênant et inadapté, puis une fois arrivé sur l'île, lui donner petit à petit le rôle de la psychopathe du coin : le seul personnage qui torture, tue, et qui complote et jouis de sa force autant que son vis-à-vis. Pourquoi avoir, petit à petit, humanisé le CEO Bradley Preston, qui s'il s'ancre parfaitement dans le clicheton du petit bourg indécrottable sorti d'école de commerce qui croit avoir tout compris et se permet d'humilier ses subordonnés, finit par n'avoir rien à envier à Linda en termes de violence à la fin du film ?
Je pense que l'idée, c'était de placer au centre du récit une critique anthropologique du pouvoir, avec l'idée (simpliste) que dans une dynamique d'inversement du rapport de force, de dialectique du maître et de l'esclave, le prolo peut devenir aussi violent et fourbe que son ancien patron.
Le problème ? Saupoudrer ça de développement personnel nous donne l'impression par-dessus le marché que la seule sortie possible à la situation initiale de Linda, c'est la violence concurrentielle de la "self-made woman", et la toute fin donne du corps à cette idée.
Résultat, le film devient une ode métaphysique au capitalisme comme fin de l'histoire, au "there is no alternative" de Thatcher, "the worst system except for all the others" de Churchill.
Ah si, quand même, la sanguinolente scène de chasse du sanglier est un immense moment de respiration et de bonheur visuel... Au milieu d'un film, soyons honnête encore une fois, beaucoup trop long.
Créée
le 4 mars 2026
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