Senso commence comme un film patriotique. L'Italie se libère de l'Autriche. La première scène, programmatique, montre un opéra de Verdi interrompu par une pluie de tract lâchés par les indépendantistes italiens.
Le marquis Ussoni, important indépendantiste, se prend de querelle avec Franz Mahler, un officier autrichien. La comtesse Serpieri, cousine du marquis et acquise à la cause de l'indépendance, cherche à protéger ce dernier.
Mais le film déraille vite. La comtesse tombe follement amoureuse de l'officier autrichien. La tragédie est en marche.
Alida Valli, jouant la comtesse Serpieri, joue de son regard intense et de son corps. Ainsi, plus le film avance, plus sa descente aux enfers courbe et broie son corps entier. Farley Granger, dans le rôle de Franz Mahler, offre aussi une composition remarquable. Personnage lâche et méprisable, il joue son numéro de charme à la perfection, et on comprend sans peine ce que la comtesse lui trouve, flanquée comme elle est de son vieux mari, briscard de la politique dénué d'états d'âme.
Le film joue à merveille du contexte politique et de la psychologie des personnages, pour nous offrir une somptueuse fresque en couleurs, ouvrant pour Visconti un cycle d'œuvres montrant le déclin de l'aristocratie. Senso marque donc un tournant dans sa carrière, même s'il reviendra également au néo-réalisme qui le caractérisait jusqu'ici.
La fin originale du film a été censurée, le film ayant été jugé anti-patriotique. Commencé, ainsi qu'évoqué plus haut, comme un film patriotique, Senso montre effectivement une défaite italienne cinglante, et une révolte qui n'est que celle de la noblesse.