Shining, c’est un peu le film qui a décidé de révolutionner l’horreur sans prévenir personne, en mélangeant de la violence psychologique, une pointe de paranormal, une musique qui te vrille les tympans, et surtout ces couloirs interminables dignes d’un labyrinthe conçu par un architecte sous acide. Ajoute à ça un père qui devient psychopathe “comme ça, par hasard”, et tu obtiens un cocktail que même le serveur aurait regardé en disant : « bon… on va laisser tomber ».
Le film repose sur une esthétique qui t’attrape la conscience et la pose là où ça fait mal. Et puis il y a la scène. Celle où Jack Nicholson passe la tête dans la porte qu’il vient de “gentiment” ouvrir à coups de hache. Une scène à la fois hilarante, stressante, cultissime, et surtout montrant que Kubrick avait une imagination qu’on devrait classer au patrimoine mondial. Tu rigoles, tu paniques, tu dis « putain mais quelle idée de génie » — tout en serrant un coussin.
« Que même Stephen King dit : “Le mec est plus créatif que moi, donc je suis jaloux, donc je vais dire que je déteste ce film…” » Ce film te retourne le cerveau : tu comprends tout et rien à la fois. C’est un néant gigantesque qui te fait stresser comme jamais, même devant un film de 1980. L’histoire est racontée avec une précision presque hypnotique ; on s’y projette à un point où, personnellement, mes chiottes étant dans un couloir, j’hésite désormais à aller y chier. Merci Kubrick, j’avais besoin de ça dans ma vie.
Ce n’est pas un film qui exhibe une violence gratuite : il montre une violence contenue, poétique, une violence qui grince plus qu’elle ne frappe. On n’est pas dans le slasher qui tue n’importe qui juste parce qu’il a un couteau sous la main. Ici, on est dans quelque chose de plus subtil, de plus dérangeant — une horreur domestique, humaine, reconnaissable. Le genre de folie qui existe dans le réel, malheureusement.
Et puis il y a ce mélange d’humour noir, de tension permanente, et ce soupçon de surnaturel qui renforce paradoxalement le réalisme. Le sang qui jaillit de l’ascenseur, c’est presque une métaphore : la matérialisation du stress du gosse qui explose après avoir encaissé plus qu’un salarié en burn-out depuis 2006. Et tu sens bien que lui aussi, à force, il risque de virer aussi barge que son daron.
Shining n’est pas un film rapide ni lent : c’est une expérience. Un vide maîtrisé, une longue respiration glacée où chaque silence te rappelle que tu es en train de regarder quelque chose de profondément dérangeant. Le film commence dans un calme artificiel avant de s’effondrer dans un chaos psychique total, et toi, spectateur, tu n’as qu’à t’accrocher et regarder ton propre esprit se décaler de trois millimètres.
Kubrick ne te fait pas seulement peur : il te fait cogiter, il t’observe pendant que toi tu observes son film.