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Borgli est décidément mon coup de cœur découverte de 2026. Je suis fan de la manière dont il traite et narre ses cauchemars dramatiques. Sa signature est hyper marquée et ses points forts se font échos de films en films. Déjà, les personnages de ses films sont écrits avec énormément d'équilibre. Pas vraiment attachants, mais jamais non plus mesquins au-delà de tout ; ils saisissent quelque chose de très humain et dans lequel on peut, douloureusement, se projeter. Comme dans Dream Scenario et The Drama, l'héroïne de Sick of Myself est torturée et angoissée, pour ne pas dire sacrément foldingue. Mais ses rêves de reconnaissance et la manière dont elle tourne beaucoup trop souvent des scénarios dans sa tête est relatable pour n'importe quel overthinker. Ces délires sont le terrain de jeu d'une autre facette forte de la patte Borgli : soit un excellent montage abusant des cuts parfois comiques, parfois horrifiques, et toujours malicieux et ironiques. Pour recentrer sur les personnages, notons que le mari de Signe est également un des trous du cul les plus abominables que j'ai vu dans un film cette année (et à l'heure où j'écris, j'ai vu près de 170 films cette année...). Quoi qu'il en soit, j'ai vraiment trouvé la descente aux enfers de ce couple fascinante à regarder et analyser (et un peu traumatisante j'avoue).


Mais si Borgli traite, je trouve, d'un thème phare dans sa filmographie, c'est celui de la critique de l'Ésthétique comme coquille vide de l'art moderne. Je trouve ce thème unique et fascinant. Tout le principe ici, c'est que Signe essaye de remodeler son corps pour attirer l'attention de son mec, de ses proches, puis du monde. Lorsqu'elle devient mannequin, elle est populaire tant qu'elle reste Instagrammable, et devient un poids pour tout le monde lorsque sa maladie la défigure pour de bon : comme une sorte de critique du "handi-washing", ou de la "bonne handicapée". La "bonne handicapée" qui, d'ailleurs, est toujours handicapée physiquement : tant que Signe a une maladie de peau, on la plaint. Lorsqu'elle admet avoir un trouble psychique d'ordre psychopathique, on la rejette. Tout est à 100% question d'image, et son imbécile de mari a un travail "artistique" également vide de substance, bon pour faire des unes de magazines design, mais construit à partir d'esthétiques aléatoires volées à d'autres. C'est flagrant quand il choisi un nom pour son expo : un titre anglais pour "faire classe" => cut ironique => le titre définitif est en norvégien. Ça illustre très bien l'idée que ce mec fait de l'art au hasard par mimétisme esthétique... Tout en faisant de l'auto-dérision bienvenue sur le film lui-même.


J'ai parlé de la place de Sick of Myself au sein de la filmographie de Borgli, mais le film a également de grandes qualités en lui-même. Déjà, le travail de maquillage et de prothèse est cauchemardesque ; je n'ai pas pris la peine de vérifier mais j'espère que le film a eu des prix pour cela. Les personnages sont campés par de très bons acteurs, et je salue également les décors : comment ne pas détester cette décoration d'intérieur Dorfico-Bobo-Arty-Nordique 2020's avec cette putain de lampe orange que j'ai envie de fracasser dès que je la vois. Ça dit tout sur la vie de ce couple (notamment lorsque les meubles se font saisir, laissant un appartement aussi vide que leur histoire d'amour), et montre une vraie culture générale des esthétiques actuelles dans des domaines artistiques divers. Ça donne de la profondeur à la critique de l'esthétique... Et ça me fait m'impatienter de voir comment Borgli va traiter ça dans ses futures productions, que je ne raterai au cinéma pour rien au monde.

LeClownDeLaClasse
9

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il y a 2 jours

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