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Il est des films qui ne sont jamais aussi beaux que lorsqu’ils se taisent. Périple technophile s’enfonçant dans les nuits illégales d’un Sahara Occidental postapocalyptique, « Sirât » dernière réalisation de l’aventureux Òliver Laxe, est de ces films où tout s’arrête, sauf le silence. C’est comme un morceau de techno : il commence intensément, irrigue, cumule les notes et les rythmes, jusqu’au drop qui vous décroche la mâchoire. C’est l’histoire d’un père, et d’un fils. Ils sont espagnols mais ils pourraient aussi bien être français, arméniens, ou qu’importe… L’un cherche sa fille fugueuse, l’autre sa grande sœur. Et pour la retrouver, ils vont jusqu’à squatter des rave-party en plein désert marocain, distribuant des photos à qui veut bien les écouter. Sur une décision spontanée, ils finissent par suivre une horde de teuffers fonçant vers la frontière mauritanienne.
Laxe organise ici une trans entre l’homme et le son, entre le désert et le silence, enchainant comme le ferait un morceau de techno des passages plus longs, plus lents, et d’autres ou le film heurte physiquement. La première partie suit ce père et son fils sympathiser avec cette bande d’hurluberlus moins cinglés qu’ils en ont l’air, et on est saisit par cette limpide aptitude qu’à Òliver Laxe pour filmer la nature, qu’il conserve et renouvelle constamment dans l’immensité aride. On pense évidemment à « Mad Max » pour le punk, à « Sorcerer » pour les camions, à « Gerry » pour les longs travellings sur le sable, et même à Tarkovski. Comme chez ce dernier, ici, on prend le temps de filmer la nature, de confronter les individus à eux-mêmes jusqu’à les pousser à foncer tête baissée vers une mort certaine. « Sirât » regorge de citations éclectiques qu’il rassemble dans un récit féroce, dense, et psychédélique, une sortie de route plaquant nos yeux et nos oreilles contre un mur d’enceintes. Un carton l’annonce au début : « Sirât » est le nom d’un passage entre le paradis et l’enfer, lequel prend la forme d’une ligne. Impossible d’oublier cette phrase tout du long des deux heures qui suivent. La première est habilement cousue sur un rythme lent poussant les personnages vers l’abandon, et elle le fait délibérément afin que l’on soit encore plus effaré à l’idée d’accepter les évènements de la deuxième. D’ailleurs les deux parties sont entrecoupées d’un plan significatif, un peu plus long que les autres, filmé au drone et où l’on voit une falaise derrière laquelle pointe les dernières lueurs du jour, tandis que face à elle se dresse la nuit où s’enfonce les personnages. Tout du long, Laxe n'a de cesse d’utiliser le paysage comme moteur, et chaque plan d’ensemble est comme une pause à la station-service. Et pourtant, « Sirât » donne à voir un trip moins visuel que narratif, le film interagissant avec son spectateur comme un DJ avec la foule. Arrive ce troisième acte où il peut faire ce qu’il veut de ses personnages et de notre empathie. Il peut couper le son, le remettre, changer de morceau, supprimer des notes… On ne s’en rendrait même plus compte tant ça fait déjà longtemps qu’on n’est plus à ça près. À un moment, un personnage souffle à un autre, « Voilà, c’est la fin du monde », et l’autre réplique « C’est déjà la fin du monde depuis longtemps ». Et c’est ce qu’on ressent face à l’épilogue, lequel évoque également la séquence du train dans « Stalker ». Comme ça, ça pourrait passer pour du boum-boum, comme les néophytes surnomment souvent la techno, mais ce que suggère « Sirât » va bien au-delà. Ce que le film parvient à saisir, c’est l’abandon de soi au mysticisme qu’est l’immensité, au chamboulement qu’est la tragédie, au corps jusqu’à l’explosion. Ce film effroyable offre une captation rare d’un effondrement de tout ce qui nous entoure, affichant une issue désespérée évacuant tout moralisme, tout jugement, pour dériver vers une dernière communion avec ces êtres condamnés depuis le début.
Créée
le 26 mai 2025
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