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le 11 sept. 2025
SuivreDanse explosive !
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Attention : spoilers.
Cette critique n’est pas celle d’un cinéphile, mais d’un musicien et audiophile passionné de musiques électroniques.
Avant d’entrer dans le film, il me semble utile d’ouvrir une parenthèse philosophique de comptoir : que faire de la violence dans l’art ? Platon dénonçait l’illusion de la mimesis – l’art comme simple imitation des apparences – qui, en représentant des scènes violentes, excite nos passions les plus sombres et détourne l’âme de la raison. Aristote, à l’inverse, voyait dans la représentation violente une matière éducative : si elle est interrogée, elle peut nous aider à réfléchir à la justice, à la souffrance, à la condition humaine.
C’est dans cette tension entre séduction et réflexion que je me suis demandé : comment Sirat s’inscrit-il dans son décor ?
Le récit de Sirat se déroule dans une ambiance géopolitique tendue, presque dystopique, où plane l’ombre d’une troisième guerre mondiale. Dans ce contexte, la question surgit : fallait-il vraiment montrer la mort de ces protagonistes dans une explosion ? Est-ce un geste symbolique, ou simplement une méthode de rendre le film au spectaculaire ?J ’y ai vu une tentation « à l’américaine » : faire exploser pour donner de l’impact. Mais cette surenchère affaiblit la profondeur possible du récit. Le film jongle entre fête, survie, amour, guerre et aventure, des registres passionnants, mais qui restent flous dans leur articulation.
Certains plans sont indéniablement beaux. Mais leur force vient davantage des lieux choisis : paysages saisissants, scènes chargées, que d’un véritable travail de mise en scène. La caméra ne prend pas toujours le temps de s’attarder; les objectifs choisis ne construisent pas une temporalité propre. La comparaison avec Gerry de Gus Van Sant est ici éclairante. Dans Gerry, chaque plan, chaque lenteur, chaque cadrage sublime le paysage et en fait une expérience introspective. Dans Sirat, la beauté reste davantage décorative que réflexive.
Ce parallèle avec Gerry souligne une différence de fond. Gus Van Sant propose un cinéma d’introspection : profondeur des personnages, caméra assumée, silence habité. Sirat, lui, se tourne vers une esthétique brute : des personnages esquissés plus qu’explorés, des scènes spectaculaires presque « Mad Max » qui bien bien audacieuses ne sont pas assez assumées. Là où Gerry creuse, Sirat effleure.
C’est sans doute le point qui m’a le plus marqué en tant qu’audiophile. Le choix de confier la bande-son à Kangding Ray est audacieux : sa techno hypnotique et mentale dite aussi techno berlinoise a une puissance indéniable. Mais cette musique, taillée pour les clubs ne fonctionne pas toujours dans une salle de cinéma. Elle ramène plus au Berghain qu’au grand écran.Ce décalage s’accentue quand on pense à ce qui fonde la culture rave : psy trance, gabber, hard techno ou dub, styles pensés pour la transe collective et l’endurance, le rythme et non la matérialité du son et L'Art des bruits Luigi Russolo.Il est pourtant intéressant de rappeler que la scène techno de Berlin a été inscrite en mars 2024 au patrimoine culturel immatériel d’Allemagne. Une reconnaissance institutionnelle qui prouve la richesse de cette culture… mais qui interroge sur sa pertinence lorsqu’on la transpose sans médiation dans un récit cinématographique évoquant les raves, la guerre, le drame.
Sirat est un objet hybride : entre road movie, rave et dystopie. Le film séduit par ses lieux, ses ambiances, ses choix sonores audacieux, mais laisse aussi une impression de superficialité.
Si Platon aurait sans doute condamné sa violence spectaculaire comme une illusion dangereuse, Aristote y aurait vu un matériau pour penser notre rapport à la fête, à la violence et à la musique comme culture.
Sirat intrigue par sa bande-son, fascine parfois par ses images, mais déçoit par son manque de profondeur narrative et esthétique. Un film qui fait vibrer, mais qui peine à faire réfléchir.
Créée
le 3 oct. 2025
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