Sirāt
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Sirāt

Film de Oliver Laxe (2025)

En 1983, dans Papy fait de la résistance, Jean Carmet lançait une grenade qui n’explose pas. Après un silence absurde, il relevait la tête et lâchait :
« Bah… pourquoi elle pète pas ? » avant de mourir par cette même Grenade.

Quarante-deux ans plus tard, Sirat fait exactement l’inverse : ça explose. Le son, l’espace, parfois les corps. Et pourtant, je n’ai pas entendu grand chose.

Le film impressionne surtout par sa maîtrise formelle. Le désert est magnifiquement cadré, l’espace sonore est travaillé avec une vraie radicalité, et la mise en scène assume une lenteur contemplative qui inscrit Sirat dans une filiation très identifiable du cinéma d’auteur contemporain. Le réalisateur filme ses acteurs avec une attention évidente, presque une tendresse, et leur présence à l’écran est indéniable.

Mais cette attention semble se faire au détriment de l’écriture. À l’exception notable de Sergi Lopez — seul acteur avec un personnage doté d’un passé, d’un présent et d’un horizon narratif, les autres figures restent à l’état d’esquisses. Elles existent plastiquement, corporellement évidemment tant Laxe s’attardent sur les corps meurtris mais peinent à devenir des personnages à part entière. Le film regarde beaucoup, mais raconte peu.

Il y avait pourtant là tous les éléments d’un récit capable de captiver : un décor hostile et sublime, une situation dramatique forte, un rapport au danger constant, et une célébration fragile de la vie au milieu des ruines. Mais cette promesse est restée suspendue pour moi, comme si le film refusait de franchir un seuil émotionnel. Peut-être moi.

Et puis survient dans un moment libérateur cette réplique : « fais péter »,

"""prononcée juste avant qu’un personnage saute sur une mine.
"""

Dans ce contexte tragique, l’irruption involontaire (ou pas. ) d’un gag sonore provoque chez moi un rire irrépressible, immédiatement parasité par le souvenir de Jean Carmet.
Si c’est voulu, le film joue un jeu dangereux, maladroit, un peu nul avec le burlesque et la fragilité de la vie. Si ça ne l’est pas, c’est un accident de mise en scène révélateur.

À cet instant précis, Sirat s’est arrêté pour moi. Non pas par manque d’ambition, mais par excès de confiance dans la seule puissance de ses images.
C’est sans doute la faute à Jean Carmet.

Jakob-666
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le 14 déc. 2025

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