Slipstream a un problème. Il ne bâtit pas la réalité qu’il prétend déstructurer. Le titre nous plonge dès le début dans le grand bain, et nous ne pouvons alors nous attacher aux protagonistes que nous ne connaissons pas, à la grande différence du scénariste fictif, Felix Bonhoeffer, qui mélange ses propres relations dans ce qui pourrait correspondre à une forme d’Alzheimer. Parce qu’il n’obéit à aucune rigueur interne et que les fils de ce grand n’importe quoi semblent régis par l’amateurisme le plus sincère, le film s’avère souvent ridicule, assez mal mis en scène en dépit de quelques plans extérieurs captés sur les étendues désertiques. Les critiques lues çà et là osent rapprocher Slipstream d’une création de David Lynch ; c’est ne rien avoir compris au cinéaste qui sonde l’étrangeté dans le quotidien le plus banal, le plus usé et terriblement normal. Ici le film passe son temps à court-circuiter le cinéma qu’il prétend investir, iconise sans capter l’humain, pulvérise sans matière. Un gloubi-boulga jamais envoûtant et dépourvu d’émotions, et dont l’absence de réelle focalisation empêche de juger si ce que nous avons sous les yeux est la vision concertée d’Anthony Hopkins ou la dénonciation, en creux, d’un système contemporain où priment précipitation et violence gratuite.