Premier film de Mira Nair après son projet de fin d’études, So far from India, sorti en 1983, est tourné en Inde et aux Etats Unis. Le film voit le jour grâce au soutien de D. A. Pennebaker, documentariste américain adepte du cinéma vérité.
Le documentaire de Nair suit Ashok Sheth, un indien travaillant à un stand de journaux dans le métro new yorkais, et sa famille résidant à Ahmedabad. Deux ans après avoir quitté l’Inde Ashok vient leur rendre visite, il revoit notamment sa femme épousé deux semaines avant son départ et voit son fils pour la première fois.
Nair ne s’inscrit pas, en tout cas pas avec ce documentaire, dans la lignée du cinéma vérité, caractérisé notamment par l’absence de voix-off et un style proche de l’observation. Elle rend sa présence visible et audible. On la voit lors de certains entretiens avec Ashok et sa famille et on l’entend doubler tous les propos qui ne sont pas en anglais. Ce choix, à priori étonnant, du doublage plutôt que du sous-titrage sert peut-être à rappeler l'intermédiaire qu’est la réalisatrice et mettre à mal l’illusion de neutralité généralement associée au genre documentaire.
Le film est composé principalement d’entretiens entrecoupés de quelques scènes de la vie quotidienne et se déploie par suite d’oppositions. L’opposition principale est celle entre la vie américaine d’Ashok et la vie indienne de sa famille, illustré entre autre par la volonté de sa femme de le suivre aux Etat-Unis et le refus d’Ashok pour des raisons financière. Le film alterne entre les deux points de vu, la femme d’Ashok expliquant que l’absence de son mari rend sa vie difficile et sujette aux rumeurs et Ashok expliquant que le coût pour faire venir sa femme et son fils ne s’éleve pas juste au billet d’avion. Une autre opposition structurant le film est celle entre la famille d’Ashok qui est plutôt contre son immigration et sa belle-famille qui cherche des sponsors pour immigrer à leur tour.
Le discours sur l’immigration proposé par le film n’est certes pas nouveau, mais le fait de le mêler aux déboires conjugaux rend ce discours souvent théorique et abstrait personnel et intime.