Quand la bavardise cinématographique produit des merveilles

On pourrait reprocher au dernier film d’Hamaguchi moult choses : sa durée excessivement longue, surtout pour un long-métrage de ce type, ses séquences de cours marxistes interminables, ou encore ses saynètes démonstratives sur la vie à l’hôpital.


Mais ses qualités prennent rapidement le pas sur ces vilains défauts, si tant est qu’on puisse réellement les qualifier ainsi car, après réflexion, il me semble que tous servent pleinement le propos du film.


Soudain est un petit ovni, le genre d’œuvre singulière et innovante qui ne traverse que très rarement le paysage du septième art. Nous avions déjà eu droit, l’an dernier, à l’exceptionnel L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, qui, dans une tout autre mesure, proposait lui aussi quelque chose de totalement atypique en matière de narration.


Ce qui fait du dernier film d’Hamaguchi un grand long-métrage réside, selon moi, dans sa capacité à déconstruire ce qui constitue habituellement "le grand cinéma", c'est à dire ces films capables de dire les choses sans nécessairement les montrer ou les expliciter. Ici, c’est presque exactement l’inverse. Pendant 3 h 15, le film est composé à 99 % de dialogues. Il est extrêmement bavard.


Ultra-démonstratif, utilisant des dialogues de manière presque abusive, Soudain relève pourtant du grand art, précisément parce qu’il parvient à concilier parfaitement son fond et sa forme. Le personnage interprété par Virginie Efira incarne une directrice d’EHPAD qui souhaite mettre en place une méthode de soin appelée "Humanitude" dont le principe est de se mettre à hauteur du patient, de le prendre par la main et d’engager avec lui un véritable dialogue.


C’est exactement ce que la mise en scène d’Hamaguchi va faire avec le spectateur. Elle se met à notre hauteur, nous prend par la main et nous amène à vivre cette relation magnifique et empathique entre une directrice d’EHPAD et une comédienne atteinte d’un cancer. De ces nombreuses séquences d'échanges d'une immense tendresses entre ces deux femmes naissent des sensations que j’ai rarement éprouvées au cinéma. Hamaguchi invente ainsi une nouvelle manière d’être au cinéma : une expérience où l’on nous demande d'être à l'écoute des images afin d’entrer en relation avec les personnages dans un réel moment de communion.

Cast17
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Créée

le 21 août 2026

Modifiée

le 22 août 2026

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