Soudain
7.6
Soudain

Film de Ryusuke Hamaguchi (2026)

Fulgurances visuelles et désillusions narratives

Le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, Soudain / All of a Sudden (2026), est, contrairement à ses œuvres précédentes, un film à thèse qui s’avère malheureusement trop long. Ce n’est évidemment pas sa durée en elle-même qui est en cause : Senses, avec ses cinq heures, démontrait au contraire que Hamaguchi savait faire de la longueur une force. Ici, les 3 h 16 semblent davantage liées à l’abondance des dialogues et à un propos qui peine à trouver suffisamment de situations concrètes pour s’incarner.


Là où l'extraordinaire Senses, l’excellent Drive My Car (2021) ou Le Mal n’existe pas (2024) menaient magnifiquement au doute, à l’ambivalence et à une forme de vérité profondément humaine, Soudain semble davantage construit autour d’une conviction : l’impossible est impossible, mais il faut malgré tout le défier. Une ambition stimulante sur le papier, mais qui finit ici par prendre une forme trop théorique et démonstrative.


Si l’on relie ces films, on observe une évolution particulièrement intéressante du cinéma de Hamaguchi : d’une autopsie chirurgicale des relations amoureuses et amicales dans Senses, à l’épure universaliste sur le deuil, la transmission et la route de Drive My Car, puis à l’urgence écologique et philosophique du Mal n’existe pas. Avec Soudain, le cinéaste élargit encore son regard, en portant son récit à l’international et en confrontant ses personnages à des questions plus directement politiques et sociales.


Hamaguchi privilégie ici la parole, comme toujours, mais celle-ci peine davantage à s’incarner dans des situations concrètes. Les longues discussions, pourtant remarquablement portées par Virginie Efira, semblent souvent trop éloignées des actions tangibles. Plutôt que de s’incarner dans des situations ou des actions, les personnages de Mari et Marie-Lou passent l’essentiel de leur temps à discourir sur de grands thèmes, comme les liens entre capitalisme et vieillissement. Le propos de fond est important, mais sa mise en scène finit par peser lourd, donnant parfois au film des allures de cours de Sciences Po.


Heureusement, la réalisation trouve un contrepoint précieux dans sa composition visuelle. La beauté des plans où les deux femmes déambulent dans Paris tout en discutant apporte une respiration bienvenue. Cette esthétique de la promenade insuffle un flux vital et une élégance organique à des échanges qui, autrement, alourdiraient considérablement le visionnage. Ces déambulations parisiennes donnent au film une grâce qui rappelle ce que Hamaguchi sait faire de mieux.


C’est toutefois dans son dernier tiers que le film déçoit le plus, marquant une rupture regrettable avec la rigueur des deux premiers actes. Alors que le récit s’était construit sur une tension crédible entre le mal et le bien, la conclusion cède à une compulsion positive excessive. Les péripéties se résolvent avec une facilité parfois suspecte — jusqu’à ces voyages express au Japon qui semblent s’affranchir de toute contrainte —, poussant la crédibilité à l’extrême.


C’est précisément là que Soudain s’éloigne de ce qui faisait la force des précédents films de Hamaguchi. Dans Senses, Drive My Car comme dans Le Mal n’existe pas, le réalisateur refusait de forcer les choses pour produire artificiellement une conclusion positive. Il laissait au contraire subsister le doute, la contradiction et une forme de noirceur profondément humaine. Soudain abandonne progressivement cette ambiguïté au profit d’un optimisme de plus en plus appuyé.


Les scènes de réconciliation et de progrès idéalisés transforment ainsi la conviction initiale — l’impossible est impossible, mais il faut le défier — en un optimisme empreint d’une certaine naïveté, qui fait perdre au film une partie de sa noirceur et de son tranchant, et qui ne semble plus à la hauteur de la force de ses précédents chefs-d’œuvre.

Boulangers
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il y a 7 jours

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il y a 6 jours

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