Steve m’a semblé être un film magnifique. Dur, tendu et profondément humain, il repose sur un excellent scénario, des personnages très bien écrits et une distribution remarquable. Mais au-dessus de tous, il y a Cillian Murphy, dans l’un de ces rôles qui restent longtemps en mémoire.
Steve dirige un établissement pour jeunes garçons que presque tout le monde semble avoir déjà abandonnés. Ils portent en eux de la colère, de la peur, des problèmes familiaux et une incapacité à exprimer ce qu’ils ressentent autrement que par la violence. Lui tente de maintenir l’école debout, de gérer les crises et de convaincre les autres que ces jeunes méritent encore une chance.
Le film évite heureusement le cliché du professeur inspirant qui transforme tout le monde grâce à quelques discours. Steve ne possède aucune réponse magique. Il est épuisé, dépassé et souvent incapable de se maintenir lui-même à flot. Il aide les autres parce qu’il croit en eux, mais peut-être aussi parce qu’il ne sait pas vivre autrement.
Cillian Murphy est merveilleux. Steve semble constamment sur le point de se briser tout en essayant de garder le contrôle. Il y a de la fatigue dans ses gestes, de la panique dans son regard et une tension permanente dans chacune de ses conversations.
Le personnage fonctionne parce qu’il n’est pas présenté comme un saint. Steve perd patience, commet des erreurs et dissimule ses propres problèmes. Le film ne le place pas au-dessus des jeunes, mais à leurs côtés. Tous essaient de survivre dans un système qui les rassemble tout en menaçant de les abandonner.
Jay Lycurgo est lui aussi excellent. Son personnage porte une grande partie de la colère et de la tristesse du récit. Il est agressif, imprévisible et difficile, mais jamais réduit au simple rôle du garçon à problèmes. Derrière ses réactions se trouvent la peur, l’abandon et le besoin désespéré que quelqu’un ne renonce pas à lui.
La relation entre les deux constitue l’une des grandes forces du film. Steve veut l’aider sans toujours savoir comment. Le jeune a besoin de cette aide, tout en faisant tout pour la rejeter. Entre eux naissent frustration, tension et une forme bouleversante de reconnaissance mutuelle.
Les autres personnages sont également très bien développés. Les enseignants et éducateurs ne sont pas de simples silhouettes. Leur fatigue, le manque de moyens et leur effort quotidien sont toujours visibles.
Malgré sa dureté, le film n’est pas totalement désespéré. Il contient de l’humour, de l’affection et quelques moments où une personne parvient réellement à atteindre l’autre. Il ne prétend pas que tout peut être réparé, mais rappelle qu’écouter et ne pas abandonner quelqu’un peut compter.
Steve parle d’éducation, de santé mentale, d’abandon et de ceux qui sacrifient leur vie pour aider des personnes que la société préférerait cacher. Une histoire magnifique et une interprétation impressionnante de Cillian Murphy.