Sucker punch est un film complexe et qui adore qu'on l'analyse dans tous les sens afin par exemple de donner à Zack Snyder des explications brillantes à ce qu'il a écrit peut être sans même y avoir penser. Je n'ai rien contre les théories bien fumeuses et les analyses en tout genre concernant un film, tout le monde pouvant voir, juger et autopsier une œuvre avec sa propre sensibilité. Ce qui commence à devenir plus énervant c'est lorsque tout avis critique contradictoire est balayé d'un large revers de manche sur le registre "C'est que tu n'as rien compris au film", cet argument au combien facile je l'ai lu très souvent sur le net concernant Sucker Punch et plus grave encore dans la presse spécialisée comme dans Mad Movies (qui confirme au passage que le copinage n'est pas des plus compatible avec l'objectivité critique) lorsque Laurent Duroche lance un bien ridicule : "Sucker punch est un film pour ceux qui ont un cerveau, des yeux et surtout un coeur.... ". Mon dieu !!! Je n'aurai donc ni cerveau ni cœur étant passé totalement à coté du film de Zack Snyder lors de sa tapageuse sortie. Depuis cette fulgurance critique je me morfonds depuis dix ans en sanglotant ne cessant de demander à mes amis et mes proches si je suis bel et bien ce lamentable imbécile au cœur de pierre incapable de m'émouvoir du destin d'une pauvre jeune fille en dim-up et mini jupe. J'ai donc décider de passer à l'offensive pour analyser froidement Sucker Punch à ma sauce afin de trouver comme les autres imminents critiques intellectuels sentimentaux des raisons d'aimer à perdre la raison film de Zack Snyder. Un pur petit exercice de style et de mauvaise foi mais en générale plus un film semble con plus il est facile d'en extraire des choses intelligentes.
Sucker Punch raconte donc l'histoire d'une jeune fille qui se retrouve enfermée de force dans un asile psychiatrique par son méchant beau père, il suffit de voir comment il grimage tout le temps au ralenti pour comprendre combien il est cruel. Afin de s'évader la jeune fille va commencer à rêver d'un monde dans lequel elle va de nouveau rêver d'un plan lui permettant de s'échapper au sens propre comme au sens plus figuré. On est donc dans une imbrication de rêves dans les rêves ce qui permet un peu de perdre les spectateurs tout en restant à priori cohérent, car même si tu ne comprends rien, que tu notes des erreurs et des incohérences ce n'est finalement pas bien grave car ce ne sont des rêves donc fatalement c'est pas fait pour être réaliste. Donc, comme toute jeune fille qui se respecte et qui se sent désespérée la petite Babydoll rêve qu'elle est dans un monde meilleur et sympathique dans lequel elle se sent bien et retrouve un peu de réconfort, donc quoi de plus doux qu'un bordel. Dans cet endroit elle va enfin pouvoir se faire des copines trop girly, parce que c'est tout de même plus facile quand on est en bustier et bas résilles que dans un asile en camisole de force. Ensuite Babydoll qui en a sous la cafetière va élaborer un plan pour dérober 4 objets indispensables pour pouvoir s'enfuir. Le plan est simple mais pas simpliste car Babydoll commence à danser, du coup tout le monde est totalement fasciné un peu comme sous hypnose et les autres files peuvent alors partir voler les objets en questions sans être prise la main dans le sac. Mais pendant que Babydoll danse en fait elle rêve et s'imagine dans des aventures totalement épiques dans lesquelles elle dérobe elle même de manière métaphorique des objets. Du coup pour résumer pour ceux qui n'auraient pas suivi on a une jeune fille des années 50, enfermée dans un asile qui s'imagine dans un bordel dans lequel elle danse et s'imagine dans des pures fantasmes de geeks abreuvés jusqu'à la gueule de cinéma, de comics, de manga et de jeux vidéos. Une culture totalement en phase avec l'époque dans laquelle est censée se dérouler l'histoire et un univers typiquement féminin toutes les jeunes filles rêvant de dézinguer des nazis zombifiés à base de vapeur et de mécanismes d'horloge ou d'en découdre avec des dragons et des robots. Après on réalise que Babydoll danse en suivant les mêmes mouvements que dans les aventures qu'elle s'imagine et du coup on comprend que les mecs restent totalement sur le cul et la bouche ouverte car voir une jeune fille faire des bons au ralenti, des saltos et courir au plafond ça doit être foutrement spectaculaire. Mais attention il ne faut pas oublier que le bordel et donc la danse n'est que le second niveau de rêve (de lecture) car dans la réalité Babydoll qui s'imagine qu'elle est en train d'imaginer qu'elle botte le cul d'un dragon tout en dansant dans un bordel et en fait très vraisemblablement en train de se faire violer par les gardiens de l'asile psychiatrique. Et oui, toute la finesse de Zack Snyder est de faire s'extasier des spectateurs éructant de plaisir devant des potiches certes très belles mais très vides et des séquences d'actions symbolisant finalement des viols sordides au fin fond d'un asile bien pourri. Il suffit alors de rapprocher la réalité de ce que vit le personnage de Babydoll aux réactions des spectateurs déchainés pour comprendre toute la délicatesse et la subtilité de Zack Snyder car de manière un peu schématique nous allons imaginer un viol bien glauque sur l'écran et des spectateurs qui s'extasient « Quelle scène d'action époustouflante », « Ouahhh mais quelle magnifique divertissement », « Quelle pied de voir ses jeune filles sexy en action ». Sucker punch c'est un petit peu Le labyrinthe de Pan en version beauf, car si Guillermo Del Toro inscrivait l'imaginaire de Ofélia dans son amour pour les contes et brouillait finalement la frontière entre imaginaire et réalité pour interroger le spectateur sur sa propre capacité à rêver, Zack Snyder lui se contente d'exploiter un argument facile de réalité alternative pour aligner sans grande justification des scènes d'action comme autant de fantasmes bien plus masculins que féminins. Objectivement absolument rien ne permet de comprendre pourquoi Babydoll s'imagine dans des univers de manga, de guerre ou de science fiction....
Il faut donc comprendre que les scènes d'action sont des métaphores symboliques de ce que ressent Babydoll lorsque la jeune fille va servir d'objet sexuel à ses geôliers. Autant prendre le concept à fond et l'analyser afin de comprendre toute la fragile subtilité du film. Première scène d'action, Babydoll se retrouve aux prises avec trois ninjas, on peut donc supposer que la jeune fille doit satisfaire trois hommes. Le premier est super résistant et Babydoll devra subir de longs assauts, le second possède une grosse mitrailleuse et tire dans tous les sens et le dernier n'offrira aucune résistance symbolisant sans doute un éjaculateur précoce. Seconde scène d'action avec les nazis et là encore ça reste cohérent, Babydoll subit les assauts de plus en plus de mâles qui finissent par tous se ressembler, l'acte devient mécanique comme l'horloge et les hommes crache de la vapeur quand ils tirent un coup. Bon je sais que ce n'est pas très classe mais c'est le film de Snyder ce n'est pas le mien, car moi quitte à montrer un viol je serais plutôt de l'école Gaspar Noé préférant foutre la nausée aux spectateurs que les faire applaudir sur des fantasmes geeks d'adolescents. Mais reprenons, troisième scène d'action avec le dragon et là c'est très simple Babydoll doit faire naître le feu dans le corps des hommes montrés comme des bêtes (Les orques) car ils n'ont plus de désir pour elle, l'attrait de la nouveauté ayant sans doute fini son pouvoir d'attraction, elle doit toutefois ranimer la flamme pour que le plan puisse continuer. Dernière scène avec le train et sa forme phallique fonçant vers les entrailles ouvertes de la ville, cette fois ci Babydoll accepte son clavaire de manière mécanique d'où la présence de robots et doit juste retarder au maximum la jouissance des hommes symbolisée par l'explosion imminente de la bombe afin de laisser à ses copines le temps d'agir et dérober les objets. Finalement je m'interroge et je ne sais pas si le film n'est pas de plus en plus con à mesure qu'on tente de le rendre intelligent ? Le film ne va finalement faire qu'enchainer de manière totalement mécanique et désincarné des scènes d'actions comme autant de clips et de niveaux d'un bien triste jeu vidéo. On voit donc babydoll qui fait la moue, qui ondule des épaules, ferme les yeux et Zack Snyder nous balance des séquences d'actions qui ne parviennent même pas à sauver le film de l'ennuie. Car pour en revenir au film lui même et non son interprétation, peu importe les univers qu'il aborde, allant du film de sabre à l'héroïco fantasy en passant par le film de guerre et la science fiction Zack Snyder filme tout et toujours de la même façon. Autant dire qu'on se lasse très vite des pauses des cinq bimbos flingues en main, des ralentis systématiques, des galipettes en vol, du montage bien trop cut et des bullet time à profusion comme si c'était encore un effet spectaculaire et à la mode. Finalement seul le décor et les ennemis changent un peu mais l'action reste toujours sur un seul et unique registre. Souhaitant sans doute faire de plus en plus spectaculaire au fil des séquences, Zack Snyder parvient surtout à faire de plus en plus bordélique et la scène dans le train avec les robots est juste une immonde bouillie numérique illisible, bruyante et totalement frénétique.
Pour en terminer si vous pensiez tout comprendre de Sucker Punch c'est que vous n'aviez encore rien compris bande de cinéphiles incultes et insensibles totalement incapables de célébrer le plus grand et subtil génie visionnaire de notre époque. Car au final tout ceci n'est qu'un rêve que fait Babydoll au tout début du film lorsque sa mère meurt et Sucker Punch ne fait que suivre le cheminement chaotique des idées et sentiments de la jeune fille. Babydoll se dit alors que son beau père veuf va bien finir par vouloir la violer et que cette triste situation va tuer sa pauvre sœur, le genre de truc capable de vous rendre totalement folle (L'asile) et que l'avenir sans maman ça va décidément être un bordel pas possible (Le bordel). Du coup elle pense bien appeler ses copines (Les cinq filles) mais elle comprends qu'elle va devoir s'en sortir toute seul (Le plan), dans un premier temps elle pense alors à lui couper les couilles (Le sabre et le ninja avec sa grosse sulfateuse) mais comprends que la guerre sera bien plus longue (Les tranchées) et que sa vie (Le mécanisme de l'horloge) sera vraiment un enfer (comme avec des zombies qui plus est si ils sont nazis). Alors Babydoll décide de la jouer fine, de séduire son beau père (La danse), de l'attirer dans son lit (Le feu du désir et donc du dragon) pour lui offrir la perspective de venir exploser en elle (Le train, les robots à têtes de bites, la ville, la bombe) et finalement le poignarder. Elle comprends que c'est là la clef (La clef) de sa survie, mais doit faire le sacrifice de sa virginité (Le sacrifice de Babydoll pour que la femme s'évade du corps de l'enfant). Du coup elle se dit « mais putain je suis conne » (La lobotomie) j'ai juste à refaire ma coiffure et à aller prendre le bus demain matin pour me casser de cette situation qui sent le poney (La fin).
Finalement on peut prendre Sucker Punch dans tous les sens, il reste toujours aussi mauvais et la bombe visuelle tant annoncée n'est qu'un pétard mouillé qui fait beaucoup de bruit mais pas une seule étincelle.