Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

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Le maître-mot de la vérisimilitude aura sous-tendu un certain temps, peut-être un peu trop longtemps, les fondations de l’univers DC au cinéma. De Nolan à Snyder, il n’y avait en cela pas plus qu’un pas, si ce n’est que le deuxième n’aura pas pu faire aboutir son run cinématographique. Le temps de jouer avec ces super-héros dans une réalité ancrée dans la nôtre, jusqu’à un ennui poli devant tant de gravité et même une certaine hébétude devant tant de sérieux, a cependant fini par prendre fin avec l’arrivée de Gunn. Un petit chambardement créatif qui se voyait venir. Et qui s’entendait venir. Entre sa Suicide Squad joyeusement puérile et touchante, son Peacemaker en slip immaculé mais également les jérémiades bourdonnantes d’un internet offusqué qu’un type apparemment aussi méprisable puisse toucher à des figures aussi nobles et mythiques. Heureusement, Gunn n’est pas si méprisable et ces super-héros ne sont pas si nobles. Il y a même un certain alignement créatif entre quelqu’un qui aura réussi à donner à Marvel sa saga la plus populaire et des figures aussi connues dans la pop culture et l’entertainment que Batman et Superman.


Et la promesse du DCU qui se dessinait laissait un peu plus espérer un alignement des planètes bien heureux. Une volonté de coller aux mondes des comics, à leur diversité tant narrative que tonale, à travers un univers développé entre des films et des séries qui feraient la part belle à l’éclectisme des visions artistiques. Tout est beau sur le papier, avec certes une barre dans un premier temps bien tenue par Gunn lui-même entre ses Creature commandos, son Superman et son Peacemaker. Mais des coulisses émanait déjà un bouillonnement créatif laissant entrevoir des premières années de divertissement vraiment prometteuses (une volonté d’avoir des scripts de qualité avant de faire tourner la pellicule, une série Lanterns cochant des cases comme Damon Lindelof et Tom King, une Supergirl déjà gagnante, un Clayface sans pieds d’argile à vue de nez, une Ana Nogueira enchainant des scénarios soi-disant super et même plus récemment la promesse d'un Cregger pouvant surgir pour faire casser la figure à Batman par un quidam de la street ?). Tout cela reste évidemment à voir néanmoins l’attente au tournant est là, que ce soit pour les enjoyers ne cherchant qu’à se divertir ou les haters ne demandant qu’à dégainer.


Et puis sort maintenant Superman, et l’écart avec Nolan et Snyder est assez prononcé. Un écart qui verse donc davantage dans le fantastique du monde des comics que le réalisme super-héroïque auquel on s’était habitué. L’ouverture du film met en cela les pieds dans le plat avec un Kal-El s’écrasant comme une météorite dans la neige et un Krypto déboulant comme un train filant dans la poudreuse. Il finit bien sûr, dans sa maladresse la plus innocente, par tabasser aux côtes son gardien du moment. Un chien capé de rouge, qui vole pour croquer la moindre sphère alléchante et qui fait n’importe quoi dans la forteresse de solitude, calqué qui plus est sur le chien de la casse de James Gunn, mais quelle profanation, quelle opprobre pour les commentateurs. Une nouvelle preuve s’il en fallait que Gunn était vraiment inadapté. Un punk au sens littéral de sa traduction, c’est-à-dire un vaurien. Mais le genre de vaurien rock qu’il fallait car son Krypto finit par voler les cœurs, les rires et même les larmes au détour de l’inquiétude de Superman : "He’s not even a very good [dog], but he’s alone and he’s probably scared". Un fil conducteur finissant par servir d’excuse en fin de film pour passer le flambeau à la Supergirl de l’été prochain.


Un Krypto fusant donc du tout début à la toute fin pour un film qui fuse de la même façon. Un peu comme une flèche. Un peu comme un Mad Max : Fury Road (j’entends déjà la foudre au loin prête à s’abattre). Car en à peine deux heures il se passe beaucoup de choses, mais jamais trop pour que la grande histoire, l’affrontement entre Luthor et Superman et toute sa dramaturgie, ne soient perdus de vue. En abandonnant le carcan de la vérisimilitude, ce beaucoup de choses, et ce beaucoup de personnages, permettent aussi de collisionner entre elles pas mal d’allégories aux interprétations plutôt libres. On pensera évidemment à des conflits, à des personnalités, à des comportements ou encore à des politiques ayant déraisonnablement cours dans notre monde à nous. Avec tout ce que cela peut avoir d’un tant soit peu cathartique, comme par exemple entendre Lois Lane donner plus que le change à Superman sur ses actions, ou bien admirer Mr. Terrific se la jouer avec des geeks prêts aux pires expériences dans leurs chemises à fleurs, ou même Hawkgirl bazarder gratuitement un dictateur en plein vol, et aussi entendre le discours humainement maladroit d’un Superman voulant être entendu devant un Lex tout-permis.


La meilleure catharsis étant gardée pour la fin, avec un Kal-El bien enfoncé dans son fauteuil, comme le spectateur de l’autre côté de l’écran, et souriant face aux images de son enfance sur Terre, avec ses deux parents de substitution magnifiquement ordinaires. Tout cela sur la musique, maintenant fameuse, chantée par Iggy Pop, au titre "méta" sonnant parfaitement. Et cette toute dernière impression, d’être ressorti de la salle avec le cœur léger malgré des péripéties parfois cruelles, parfois lourdes de sens et avec l’énorme smile de Corenswet fiché dans la tête, offre au film un atterrissage émotionnel que je garde particulièrement en mémoire. Non vraiment, que Gunn continue ses hérésies et je continuerai d'être son plus grand profane.

Créée

le 15 août 2025

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Vagabond

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