Après un passage remarqué chez Marvel Studios, James Gunn avait un poids immense sur ses épaules en allant chez la concurrence. L’univers connecté DC au cinéma est en chute libre depuis dix ans et a connu une fin de carrière placée sous le signe de la médiocrité pure et dure. Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie est alors chargé de donner un nouveau souffle à la licence en créant un tout nouvel univers fondé sur une nouvelle version de Superman. Le monsieur avait fait ses preuves dans le studio avec The Suicide Squad, seul film qui voulait faire un minimum de cinéma ces dernières années mais voir l’homme habitué aux losers et aux outsiders s’emparer de la figure la plus iconique du super-héros avait de quoi inquiéter. L’autre challenge était de passer après un Henry Cavill parfait dans le rôle de Superman et vite devenu ce que le monde retiendra le plus de ce DCEU bancal. A titre personnel, je n’ai jamais douté de James Gunn que je sais passionné de comics et capable de rendre ses personnages badass quand il le faut (Gamora, Bloodsport et même un raton laveur). Le premier teaser m’avait définitivement mis en confiance et l’événement estival qu’il constituait avec Les 4 Fantastiques devenait peu à peu ce que j’attendais le plus d’une année marquée occasionnellement par le stress de monmaster.com la plateforme du diable. Il est désormais l’heure de faire tomber la dictature de la fraude Zack Snyder et accueillir à bras ouverts un Superman qui montre que Hollywood en a encore sous le coude.
Attention éventuels spoils
Dès les premières minutes, le film respire l’ambiance comics, comme si le papier prenait vie sur grand écran. Plusieurs cartons nous expliquent l’origine de Superman à l’instar de certains numéros qui, même en plein run, démarraient par des cases jaunes nous expliquant l’histoire du personnage. Je comprends que ce soit vu comme un défaut, le spectateur est lancé dans un monde qu’il ne connaît pas, qu’il n’a pas pu appréhender et peut se sentir perdu mais que ce soit en comics ou en film, ça fait partie du jeu des personnages dont on connaît les origines par cœur. Après ces cartons, Superman arrive dans son QG et la Forteresse de la Solitude apparaît réellement comme elle apparaîtrait dans une case de comics. Un plan fixe, des couleurs vibrantes, une Forteresse imposante face à des personnages plus petits, bienvenue dans un film de super-héros qui n’a pas peur d’être une adaptation de comics. Pendant tout le long-métrage, James Gunn reprend visuellement comme narrativement les codes de la bande dessinée américaine et ose le kitsch. En ce sens, il se rapproche de la démarche de Sam Raimi pour sa trilogie Spider-Man, certains y verront du mauvais goût mais j’y vois surtout un cinéaste qui veut donner une vraie identité à son film de super-héros qui ne ressemble ainsi à aucun autre blockbuster. Les monologues de méchants très méchants, les pensées à voix haute et le slip rouge sont alors légion. L’esthétique pulp et colorée et l’étalonnage qui fait magnifiquement ressortir le costume de Superman donne un vrai charme à l’ensemble. Même les caméos furtifs rappellent ce que nous pouvons trouver dans les comics qui aiment faire apparaître d’autres personnages de l’univers au détour d’une seule case. Embrasser pleinement l’esprit du médium adapté permet à Gunn de s’éclater dans l’élaboration de son univers tandis que le réalisme de Zack Snyder trouvait vite des limites après un Man of Steel réussi. En 2008, le MCU partait du principe de super-héros qui s’immiscent dans notre réalité et notre quotidien. En 2025, James Gunn balaie ce parti pris et lance un univers DC placé sous le signe du fantastique, des kaijus, des dimensions parallèles et des super-héros en place depuis des années avec la présentation de la Justice Gang menée par un Green Lantern ridiculement cool.
Le Superman de Henry Cavill effrayait dans des films sombres, celui de David Corenswet renoue avec l’essence du héros et rayonne dans une œuvre pétillante et placée sous le signe de l’espoir. James Gunn démarre le film en montrant un Superman affaibli et fait taire les critiques sur l’invincibilité du personnage qui le rendrait inintéressant. Son personnage montre des failles aussi bien physiques que mentales et fait alors preuve d’une vraie humanité rappelant une fois encore la trilogie Spider-Man de Sam Raimi. Le tour de force de James Gunn est de faire naître l’épique dans le sauvetage des civils, la mission numéro une du super-héros classique. La mise en scène insiste sur l’importance de ces moments et les rend aussi jouissifs que les bagarres. En un seul ralenti contre une dizaine dans les films de Snyder, il donne une vraie puissance au procédé en iconisant la protection d’une fillette des destructions engrangées par un kaiju. De manière plus générale, le réalisateur multiplie les bonnes idées pour filmer son Superman. Sa caméra vole avec le personnage, elle a rarement été aussi vivante pour filmer des scènes d’envol. Elle a parfois du mal à suivre le personnage afin de montrer sa vitesse. Lorsqu’il perd le contrôle de la situation, le grand angle déforme son corps et la caméra tremble. La caméra nous fait véritablement entrer dans l’action via des mouvements fluides rendant chaque séquence d’action impressionnante. James Gunn donne parfois même l’impression qu’elle est diégétique afin de créer davantage d’immersion, lorsque les dents d’un Raptor rebondissent sur l’objectif après une bonne patate de Superman. Le spectacle est largement assuré et varié. Un combat contre un kaiju, un 1v1 à taille humaine, un Green Lantern contre une armée, l’action sait se renouveler et fait à chaque fois briller les personnages grâce à une bonne démonstration de leurs pouvoirs. Notre super-héros a des failles mais n’est pas ridiculisé pour autant contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, James Gunn sait même en faire un vrai personnage avec du style. Quand il sort de la fumée après avoir sauvé une femme en voiture, il apparaît tel le sauveur ultime et la dernière partie du climax façon beat’em all face aux Raptors m’a donné envie d’applaudir. A la fin, il est plus que jamais le symbole d’espoir que chaque héros devrait inspirer, un peuple l’appelle à l’aide et il pousse la Justice Gang à agir.
Autour de Superman/Clark Kent, gravite un tas de personnages plus ou moins réussis. Malgré tout ce que je pense de positif, un défaut subsiste. Le film qui doit lancer un nouvel univers a sans grande surprise un aspect fourre-tout qui étouffe certaines intrigues et certains personnages. J’aurais par exemple beaucoup aimé plus de scènes avec les parents adoptifs de Clark et plus de séquences entre lui et Lois. La sous-intrigue autour de Jimmy et la compagne de Lex Luthor peut alourdir le rythme. Cela étant, Lois Lane, indépendamment de sa relation avec Clark, est une vraie réussite. Elle a un vrais poids sur le récit et n’est pas un simple love interest à sauver. Rachel Brosnahan est étincelante et son personnage a un vrai caractère. Sa relation avec Clark est certes un brin écourtée mais l’embrassade finale alors que les deux s’envolent est magnifique dans l’idée d’un amour qui triomphe sur le reste. Concernant Krypto le super-chien, son comportement de chien peut être lourd mais il est un allié de taille dans un team-up final grisant.
Malgré le côté enfantin et humoristique, James Gunn n’hésite pas à balancer un propos sérieux et important. Il traite Superman tel un immigré qui subit le racisme et la haine injustifiée. Lex Luthor qui frôle la caricature dans sa rage prend alors une autre dimension, sa haine envers les étrangers (qu’il juge comme étant tous les mêmes) résonne particulièrement à une époque où l’extrême-droite et par extension la haine des immigrés prend de plus en plus de place. Le monologue de Superman qui rappelle à quel point il n’est pas moins humain qu’un autre n’a rien de bien subtil mais dans un film destiné en partie aux enfants, il devient très puissant d’autant plus quand on voit le sort actuellement réservé aux États-Unis aux immigrés latinos qui se voient totalement déshumanisés. La portée politique du film ne s’arrête pas là puisque le héros prend clairement position pour contrer une invasion d’un pays par une armée prête à tuer tous les civils s’il le faut et financée par un milliardaire aux États-Unis… certains penchent pour Israël, certains pour la Russie, prenez la cible que vous souhaitez (la deuxième semble la moins probable étant donné le lien avec les États-Unis et l’ethnie du pays envahi mais les pays sont placés en Europe de l’Est) mais en tout cas merci James Gunn d’oser aborder ce genre de sujets en ces temps troubles tout en y apportant une dose d’espoir et de bonté.
Cette nouvelle itération de Superman rattrape donc son léger désordre voulu par le lancement d’un univers connecté en se montrant radieuse. James Gunn transpose les codes du comics dans un film coloré à l’univers riche. David Corenswet est voué à devenir l’idole des jeunes en incarnant à merveille ce super-héros sensible, humain et puissant qui peut s’exprimer dans des scènes d’action époustouflantes. Utiliser les personnages et Metropolis comme miroirs de notre monde est une idée qui a porté ses fruits et donne plus que jamais envie de croire en James Gunn concernant l’avenir de DC au cinéma. J’ai passé les 2h10 le sourire aux lèvres alors que ne suis pas le fan numéro un du personnage et je suis prêt pour reprendre une bonne dose de bonheur dans quelques jours avec mes amours (Les 4 Fantastiques).