Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

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« Que représente le S ? Ce n’est pas un S. Sur ma planète cela signifie espoir. »

Citation de Lois Lane et Clark Kent dans Man of Steel


Superman a toujours été un calvaire à mettre en place dans un film. L’idée de centrer son histoire sur un surhomme avec une personnalité touchée par la sainte vierge ne rend pas l’idée de faire évoluer un personnage facilement. Le fait de mettre Superman au sein d’un univers plus vaste comme DC comics sans ruiner l’équilibrage de l’univers n’est également pas chose aisée. C’est pourtant le chantier mis en place par James Gunn au sein de son nouvel univers étendu prévu pour DC comics. Près de 15 ans plus tard, il est étrange de voir des gens reprocher à Gunn de ne pas avoir plus mis de Super (le film) dans ce Superman qui a été à son époque un échec commercial. Le choix de mettre Gunn à la tête du DCU est sans doute beaucoup plus lié à sa trilogie Gardiens de la Galaxie qui reste les seuls films du MCU à avoir réussis à garder une patte de leur réalisateur. Choix qui semble confirmé par la série PeaceMaker et The Suicide Squad qui, malgré leur violence, restent des œuvres se prenant moins au sérieux que les précédents films de Snyder. C’est normal, M. Snyder aime l’image du surhomme, embrassant autant les codes des genres super-héroïques que du péplum dans ses productions pour DC.


Ce ne semble pas être la vision de Gunn du super-héros. Superman n’est pas un super-héros car il est un super mais car il est un héros. C’est une vision différente du genre et il est inutile de revenir sur un débat stérile sur quelle est la meilleure vision. Superman a des milliers de versions depuis sa parutions 1938. Au cinéma il y a peu de mauvaises idées mais beaucoup de manières de les rater. L’idée de ce Superman est de porter la direction artistique très comics du future univers DC en plus de ne pas finir comme Snyder avec un dieu capable de réduire en bouillit le reste de la Justice League. La question est donc, Superman réussit-il oui ou non ses objectifs.


La thématique centrale de Superman concerne son humanité requestionnée. L’idée est de le faire débuter en kryptonien par sa première défaite. Dès le début il n’est pas autant Superman que les autres Superman. Il n’a pas la musculature de Cavill ou le style gendre idéal à la Reeve et n’est pas filmée de manière imposante en générale (malgré une carrure dans la vraie vie plutôt comparable). Il n’y a d’ailleurs pas à ma connaissance de gros plan sur la musculature ou il se trouve torse nue. Il a besoin de se faire secourir par un chien et de se faire soigner dans sa cité de solitude. Son couple avec Lois Lane est encore à son balbutiement et donc incertain. Spirituellement on le retrouve limite dans une position encore plus précaire que les supermans qu’on rencontre dès l’enfance. C’est même marqué par les robots qui le maternent littéralement tout au long du film. Il suit même un chemin inverse est d’une certaine façon que les autres supermans. Élevés en humains mais révélés avec la mort de leur père adoptif. Ici Clark Kent semble se désintéresser de sa famille humaine au point de ne pas la considérée comme telle, rendant la mort de son père adoptif inutile. Il aura d’ailleurs besoin de ses parents pour résoudre son problème identitaire.


Superman n’est Super que lorsqu’il essaie de sauver des gens, il est l’homme idéal quand il parle honnêtement avec Lois Lane et est accompli en faisant attention à son entourage. On peut aimer ou pas ce message mais on ne peut pas dire qu’il est stupide. Juste à l’opposé de la vision péplum de Snyder. Il est agréable de voir que Superman expulse les éléments récurrents, connus voir attendu de sa mythologie en ne perdant pas de temps sur la jeunesse de Superman, le début de sa relation avec Lois Lane et la pseudo relation particulière entre Clark Kent et Superman au sein du Daily Journal.


En ce qui concerne l’humour, on aime bien comparer Superman à une production Marvel, plutôt de manière négative pour décrier sa mauvaise gestion. Je ne suis pas vraiment d’accord avec ce postulat et je considère qu’il y a un fossé entre Superman et un Thor 4. L’humour est ici situationnel et « non voulu » dans le sens qu’il ne concerne pas nos personnages. L’essentiel des blagues viennent d’ailleurs du comportement de Krypto et dans une moindre mesure des interactions entre les membres du justice gang. C’est un humour que je trouve réussi dans le sens où il n’impacte pas négativement les enjeux du reste de l’œuvre.


Au niveau de l’avalanche des personnages secondaires le film souffre de son rôle de premier film d’un univers et nous introduit des personnages qui, connaissant James Gunn seront développés plus tard mais qui, pour l’instant, manque de temps de présence et d’enjeux pour ajouter un vrai plus au film. C’est notamment le cas de l’entièreté du justice gang qui ne sert qu’à montrer que Superman n’est pas le seul super-héros en existence dans cet univers. Leur rôle prend surtout son importance à la fin de l’œuvre où il démontre l’intérêt d’une telle ligue dans un monde ou Superman n’est pas vraiment un dieu. D’où ce que je suppose être un choix d’intégrer des héros relativement secondaires de l’univers DC. On peut cependant être heureux de la forme plus proactive que prend Lois Lane dans l’aventure. Selon moi on peut aussi penser qu’Eve Teschmacher aurait mérité quelques scènes au dernier acte de l’intrigue pour la sortir de son image de « blonde stupide » dont l’impressionnante opération d’espionnage prouve une grande intelligence malgré une faible santé mentale sûrement due à des violences conjugales.


Était-il judicieux de cramer Lex Luthor dès le premier film ? Je ne sais pas c’est quelque chose qu’il faudra voir sur le long terme. Est-ce une bonne version de Lex Luthor ? Honnêtement je ne sais pas trop. Je garde de lui l’image de quelqu’un de suffisamment intelligent pour rester dans l’ombre. Chose qu’il ne fait absolument pas dans cet opus. La scène des crayons et de violence conjugale le montre plus cruel que Superman qui le traite de monstre. Superman qui en plus au moment du face à face choisit de faire le truc le plus humain possible : un discoure à deux balles sur le fait d’être humain (j’ai l’impression que c’est le choix d’utiliser ses mots plutôt que ses points qui prouve son propos plus le sens de la diarrhée verbale qu’il raconte). J’aime cependant l’idée que Luthor est suffisamment génial pour créer une dimension de poche et suffisamment fou de le faire même si ça crée un danger qui peut détruire la Terre en une fraction de seconde. L’aura de Luthor est aussi impressionnante, il arrive à convaincre des gens talentueux de travailler pour lui et de causer la destruction du monde sans qu’ils ne se rebelles. Je trouve en clair que ce qui est filmé de Luthor est beaucoup plus important que ce qu’il dit globalement.


Mais ce dont on parle le plus quand on évoque Superman c’est sa direction artistique. Celle de Gunn chez DC a fait ses preuves dans The Suicide Squad mais elle devait être adaptée. Sa mise en scène étant beaucoup trop déjantée (à l’image des personnages) pour coller à l’image moins plus droite et grandiose de Superman. Gunn a donc diminué le rythme et augmenté les couleurs, donnant un air très comics mais aussi très solennel appuyé par une BO très joyeuse mais pas forcément attelée à amener de grandes scènes d’action. Cette esthétique n’est pas non plus parfaite. Elle offre des passages déplaisants à la suspension consentie d’incrédulité comme quand Superman s’échappe de d’un trou noir avec son souffle. On ne le voit même pas l’utiliser en combat par la suite alors que ça semble être son arme la plus puissante. De plus elle pose la question du maintien de la qualité même dans des œuvres que Gunn ne gérera pas et de la rencontre de cette esthétique avec celle d’un Batman déjà annoncée comme plus sombre. Elle questionne également de sa capacité à s’éloigner du manichéisme des premiers comics.


Cependant, à l’opposé de sa pellicule très joviale, Superman cache un message plus sombre qu’on n’aurait pas forcément vu venir dans un film ayant la responsabilité de lancer toute un univers au sein d’un pays états-uniens au tendance conservatrice. La crise identitaire de Superman peut s’apparenter à la vision d’un étranger séparé entre son pays d’origine et son pays actuel. Lex Luthor à l’inverse croit décider pour lui et la deuxième partie du message des parents laissent penser à des peurs liées à un soi-disant barbarisme des populations immigrées. J’ai l’impression que le film tend à dire que même si ces idées existent on peut les détruire par l’éducation. Et si finalement Superman fini par choisir son pays actuel le film ne se cache pas de poser des questions qui ferait grincer des dents certaines personnes pro-israélienne (Je parle du film je ne m’exprime pas sur le sujet s’il vous plaît pas de guerre dans les commentaires) qui y ont vus le parallèle peu dissimulé sur la guerre israélo-palestinienne où le film donne plus raison aux pauvres sans défenses liés à un régimes possiblement autoritaire qu’à l’allier historique des états unis à qui on vend des armes. Je ne pense pas que l'objectif soit de donner raison à un tel ou à un tel dans le conflit mais plus de faire questionner les américains sur le choix entre un intérêt mercantile et un intérêt moral.


J’aimerai également dire que j’apprécie beaucoup Krypto (ce n’était pas gagné tant il aurait pu faire tache, à jouer les mascottes (je sais qu’il sera vendu en mascotte par paquets de 120 je ne suis pas fou) qui amène à des situations de « joyeux loosers » dont Gunn est plus familier. C’est une gentille perche qu’il fait à Craig Gillespie dont le SuperGirl sortira dans 1 an. Et plus généralement j’apprécie voir des traces du cinéma de Gunn qui donne, en apparence en tout cas une impression de liberté artistique. On a même eu droit à un caméo de Sean Gunn et surtout de John Cena reliant les premiers pas dans le DCU de Gunn avec son premier vrai film fondateur.


En conclusion, Superman est un immanquable de l’univers DC mais sa force peut causer des problèmes de gestion de puissance au sein de son propre monde, il est donc judicieux de commencer par un film sur lui. Il amène avec lui un chemin spirituel limite inverse de ce qu’on attendrait d’un superman avec une acceptation de son humanité et de sa capacité à faire partie d’une société humaine. Ce message fait écho aux tensions raciales du pays où il a été produit ce qu’on peut considérer comme audacieux aux vues de la tendance actuelle. Le film présente un humour simple qui arrive généralement à ne pas empiéter sur les enjeux de l’œuvre. Il ressort de ce Superman une œuvre qui se sait clivante et qui l’assume jusqu’au bout, de sa patte artistique à ses sujets tendus. Il serait mentir de dire de Superman qu'il est une œuvre parfaite et qu’il faut tout lui pardonner par l’audace qu’il a eu. Cependant, il en ressort tout de même une œuvre profondément humaine qui réussit sinon à séduire la majorité, à se faire respecter. Superman a un démarrage plus que réussi et un avis utilisateur en moyenne de 70/75 % favorable, les personnes étant généralement plus généreux que la presse. L’avènement de la protection des civils par les super héros au nom de la paix et non au nom d’un intérêt géopolitique supérieur est la victoire du héros sur le super. Il marque aussi un très bon départ de l’univers DC dans le cœur des fans. La dimension limite divine de Superman ne sera jamais aussi profonde et bien traitée que dans Man of Steel. Mais je ne crois pas que c’est ce que voulait James Gunn. Je crois qu’il voulait nous présenter un Man of Hope, et qu’en ce sens il a réussi.


«Tu as été envoyé ici pour une raison. Et même si tu y passes le restant de ta vie, tu te dois de découvrir quelle est cette raison.»

Man of Steel

Créée

le 13 juil. 2025

Critique lue 257 fois

Lordlyonor

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