Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

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Le Boy-Scout en carton : Quand James Gunn désacralise l'Homme d'Acier

Après avoir partagé mon avis sur le road-trip cosmique de Supergirl, il est temps de s'attaquer au gros morceau : le Superman de James Gunn. On ne va pas se mentir, l'attente était immense. Passer après le gigantisme de Zack Snyder et l'héritage nostalgique de Smallville était un défi presque impossible. Malheureusement, le résultat est loin d'être à la hauteur du mythe. À force de vouloir prendre le contre-pied de ses prédécesseurs, Gunn livre un film qui manque cruellement de souffle, de grandeur et de panache.


Pour être totalement transparent avec vous d’entrée de jeu : j’ai dû revoir ce film une seconde fois pour pouvoir écrire cette critique. Pourquoi ? Tout simplement parce que lors de mon premier visionnage, le film m'a tellement glissé dessus que j'en avais oublié la moitié une fois le générique de fin passé. Rien ne s'imprimait dans ma tête. J'ai donc dû me refaire une session de rattrapage forcée à la maison pour essayer de comprendre ce qui n'allait pas.

On ne pourra pas enlever à James Gunn sa sincérité, ni son amour pour l'univers des super-héros. En lançant ce nouveau DCU, il a voulu faire un virage à 180 degrés par rapport au passé : fini le côté sombre et dépressif, place à un univers ultra-coloré. C’est louable, mais pour ma part, le voyage m'a laissé un sérieux arrière-goût d'inachevé.


1. Psychologie et VF : Un "Boy Scout" trop lisse

Psychologiquement, ce Superman est le parfait héros sans reproche, au grand cœur même à l’égard de ses ennemis. Mais à force de vouloir en faire un symbole de gentillesse absolue, le film le rend presque trop candide, voire un peu niais.

Pour jouer le "gentil garçon", Corenswet abuse d'un grand sourire niais et figé qui lui donne un air un peu simplet. Ses yeux manquent d'intensité, et dès qu'il doit exprimer de l'inquiétude, il prend une moue de "chien battu" assez geignarde. On est loin du regard d'acier magnétique de Cavill ou de l'expressivité sincère de Tom Welling.


Et que dire de la VF ? Elle est tout simplement soporifique. Le doubleur français livre une prestation d'un ennui mortel, monocorde, qui achève de vider le personnage de toute énergie. On a l'impression d'entendre un somnifère parler. On a face à nous l'homme le plus puissant de la Terre, et il s'exprime avec la fougue d'un fonctionnaire fatigué. C'est d'une mollesse incroyable.


2. Physique et costumes : Le choc des trois Superman

L'incarnation de Superman passe inévitablement par sa présence physique et l'allure de son costume. Et là encore, les choix de James Gunn divisent énormément par rapport aux versions précédentes :


David Corenswet : Physiquement, l'acteur a fait un travail colossal. Passer de sa silhouette fine d'origine à une masse imposante de près de 110 kilos se voit à l'écran. Il a une vraie tête de Clark Kent. Mais le bât blesse au niveau du costume. Le tissu fait épais, lourd, et plisse bizarrement au niveau du cou et des épaules. Au lieu de sublimer sa musculature, le costume la tasse et lui donne un aspect presque "pataud" et "chétif" sous certains angles. Visuellement, ça fait un peu "cosplay de luxe" en cuir épais.


Henry Cavill : Visuellement, c'était la perfection absolue de l'homme d'acier. Cavill avait un physique de statue grecque, ultra-dessiné et d'un charisme animal. Le costume en maille extraterrestre ultra-moulant épousait ses muscles à la perfection, sans aucun pli. Quand il était à l'écran, il imposait instantanément le respect et la puissance. C'était moderne, épuré et divin.


Tom Welling (Smallville) :Ils ont refusé de lui faire porter le costume traditionnel jusqu'à la fin. Mais physiquement, Tom Welling n'avait rien à envier aux autres. Avec sa mâchoire carrée de quarterback, sa carrure ultra-imposante (1m91 de muscles naturels) et ses larges épaules, sa simple veste en cuir rouge sur t-shirt bleu suffisait à dégager une force tranquille et une santé éclatante. On y croyait à 100 %.


3. Le cas Krypton : Un gâchis émotionnel

La gestion du passé et de l’héritage de Krypton est sans doute l'une des plus grosses erreurs d'écriture du film de Gunn :

Dans Man of Steel (La claque) : L'introduction sur Krypton était monumentale. En seulement vingt minutes, Zack Snyder parvenait à nous faire ressentir la tragédie d'un monde entier qui s'effondre. Le sacrifice de Jor-El (Russell Crowe) et de Lara prenait aux tripes parce qu'on voyait des parents déchirés qui envoyaient leur fils unique vers l'inconnu. Il y avait une solennité et une émotion brute extraordinaires.

Dans Smallville : La mythologie kryptonienne était distillée avec un mystère et une tension dramatique constants à travers les clés octogonales, les grottes de Kawatche et la voix désincarnée mais terrifiante de Jor-Le. Clark découvrait ses racines petit à petit, avec une vraie gravité.

Chez Gunn : Tout cela est balayé d'un revers de main. Le passé de Krypton nous est balancé via une pauvre vidéo explicative mal restaurée dans la Forteresse de Solitude, comme une corvée d'écriture pour aller vite. Il n'y a aucun souffle épique, aucune émotion. C'est désincarné, froid, et cela réduit ses origines à un simple prétexte de scénario.


4. La Forteresse de Solitude : Une clinique stérile sans aucune magie

Ce manque de souffle et d’âme se ressent particulièrement dans la représentation de la Forteresse de Solitude, lieu qui devrait normalement imposer le respect et le mystère :

Dans Smallville :La Forteresse y était magique, majestueuse. Ces immenses cristaux translucides dressés au milieu de nulle part, baignés dans des lumières bleues et dorées, donnaient un aspect mystique incroyable à l'endroit. C'était un sanctuaire presque religieux.

Dans Man of Steel (Le vestige historique) : Snyder en avait fait un ancien vaisseau d'exploration extraterrestre piégé sous les glaces. C'était sombre, froid, colossal, métallique et très high-tech. Visiter cette structure donnait l'impression de faire de l'archéologie cosmique.

Chez James Gunn (Le cabinet médical de l'espace) : Ici, la Forteresse ressemble à un hôpital de luxe ou à un grand laboratoire stérile, tout plat, tout blanc, sans aucun relief. Elle est peuplée de petits robots "serviteurs" et de lampes géantes pour soigner Superman. Toute la magie et le mystère du lieu disparaissent pour laisser place à une sorte de "clinique de convalescence extraterrestre" assez ridicule.


5. Les trois visages de Lois Lane : Romance express vs Alchimie légendaire

La relation entre Clark et Lois est le cœur battant de la mythologie de Superman. Pourtant, l'écriture de Lois Lane change du tout au tout d'une version à l'autre :

Lois Lane chez James Gunn (Rachel Brosnahan) : L'actrice a du peps et incarne bien le côté fonceur de la journaliste. Mais le problème vient du rythme du film. Comme leur "relation" n'a que trois mois et qu'on nous l'impose d'un coup, leurs étincelles amoureuses semblent parfois un peu forcées et artificielles, noyées sous les effets numériques et le trop-plein de personnages.

Lois Lane chez Zack Snyder (Amy Adams) : Dans Man of Steel, Amy Adams proposait une version très réaliste, moderne et professionnelle. C'était une journaliste d'investigation d'élite, froide, intelligente, qui découvrait l'identité de Clark par ses propres moyens avant même qu'il ne porte le costume. C'était basé sur un respect mutuel très fort.

Lois Lane dans Smallville (Erica Durance - Le summum) :C'est simple, pour moi, c'est la meilleure Lois Lane de l'histoire. Sa relation avec Clark s'est construite sur des années. On a ri avec leurs piques quotidiennes, on a vu leur amitié se transformer lentement en un amour profond et indestructible. Erica Durance avait ce mélange parfait de force, d'humour et de vulnérabilité. Son alchimie avec Tom Welling crevait l'écran.


6. L'effet "catalogue publicitaire" : Le trop-plein de héros parasites

C'est le plus gros problème d'écriture du film, et la raison pour laquelle j'avais décroché la première fois. En à peine deux heures, James Gunn nous balance une tonne de super-héros secondaires (Mister Terrific, Hawkgirl, Metamorpho...).

Le film sert de bande-annonce géante et de vitrine commerciale pour vendre les prochains projets de DC Studios. Le pire exemple de ce forcing, c'est Guy Gardner (le Green Lantern joué par Nathan Fillion). À l'écran, ce mec au look rétro est juste une tête brûlée insupportable et arrogante. Ses interventions prétendument "humoristiques" cassent complètement la tension dramatique. On a envie de lui dire de sortir du cadre. Tout ce temps perdu à mettre en avant ces héros parasites, c'est du temps en moins pour approfondir l'intimité et la complicité entre Clark et Lois Lane.

Chez Snyder (Man of Steel) : Le réalisateur avait eu l'intelligence de focaliser son premier film uniquement sur Superman. Clark avait le temps d'exister en tant que protecteur unique avant que le monde ne s'élargisse.

Dans Smallville : L'apparition d'autres héros (comme la Justice League) était un véritable événement qui arrivait après des saisons entières de construction. C'était une récompense pour le spectateur, pas un empilement marketing dès le départ.


7. Les méchants : Lex Luthor et la foire aux monstres

Le traitement des antagonistes confirme cette fâcheuse tendance à vouloir trop en faire :

Lex Luthor (Nicholas Hoult) : C'est une grosse déception. Impossible pour moi de ne pas le comparer à Michael Rosenbaum dans Smallville. Dans la série, on prenait le temps de construire un Lex humain, tragique, complexe et dévoré par la noirceur de son père. On comprenait sa descente aux enfers. Ici, Nicholas Hoult fait ce qu'il peut, mais son personnage manque cruellement d'épaisseur. Sa rivalité avec Clark glisse sur nous sans jamais nous toucher, d'autant que le film préfère le faire agir dans l'ombre en envoyant ses sbires faire le sale boulot à sa place.

The Engineer (Angela Spica) et le Kaiju géant : Elle est censée être le bras droit de Lex, mais en termes d'écriture, elle a le charisme d'une porte de prison. Quant au monstre géant style Godzilla qui débarque au milieu de Metropolis, il ne sert qu'à créer du grand spectacle artificiel. À ce stade, ce n'est plus un film sur Superman, c'est une foire aux monstres désordonnée pour masquer le vide dramatique.


8. Le choc des doubles maléfiques : L'Ultraman de Gunn face aux génis tragique de Smallville

Pour affronter physiquement Superman, James Gunn intègre Ultraman (le clone décérébré créé par Lex Luthor). Et là encore, la comparaison avec les doubles maléfiques de Smallville fait très mal à la version cinéma.

L'Ultraman de Gunn :Ce clone est une brute épaisse sans aucune conscience, un monstre de foire qui n'existe que pour servir de punching-ball dans les scènes d'action. C'est un pur produit de jeu vidéo, un "boss de fin" physique sans aucune profondeur psychologique ni aucun dialogue marquant. On l'oublie aussitôt le combat terminé.

Bizarro dans Smallville (Saison 6/7) : Ce clone imparfait de Clark était d'une tristesse absolue. Il ne voulait pas juste détruire ; il voulait désespérément la vie de Clark, son amour pour Lana Lang, et une place dans ce monde. Il ressentait de vraies émotions, ce qui le rendait tragique, touchant et terriblement complexe. On avait presque de la peine pour lui.

Clark Luthor / Ultraman dans Smallville (Saison 10) : Issu d'un univers parallèle où il avait été élevé par le cruel Lionel Luthor, ce double maléfique était d'un charisme fou. Cynique, sombre et torturé, son face-à-face avec notre Clark Kent était un sommet psychologique, offrant au passage une magnifique quête de rédemption.

En nous servant un clone décérébré, James Gunn passe à côté de ce qui fait la force d'un double maléfique : le miroir psychologique qu'il renvoie au héros.


9. Le choc visuel : Un Metropolis en plastique et sans âme

Visuellement, le film propose une image ultra-colorée, très propre, mais qui fait terriblement artificielle. Tout a l'air faux, lisse, presque numérique.

Avec Zack Snyder :L'image avait un côté sacré, majestueux. Quand Superman s'envolait dans Man of Steel on ressentait le poids de son corps, la texture de sa cape, la poussière qui s'élevait du sol. La lumière jouait sur les ombres, ce qui donnait à Cavill un côté statue de marbre, presque divin. Chez Gunn, tout est éclairé de la même façon, c'est tout plat. Le film ressemble à un jouet en plastique brillant.

Dans Smallville : Même avec un budget de série télé des années 2000, Smallville avait une vraie âme chaleureuse. On se rappelle tous de l'ambiance réconfortante de la ferme des Kent : la lumière dorée du coucher de soleil sur les champs de maïs, la douceur des visages. Dans le film de Gunn, tout est trop parfait, trop propre. On ne ressent jamais la chaleur d'une vraie vie ; on sent juste le studio de tournage et les fonds verts.


Pourquoi 5/10 malgré tout ?

Parce que le second visionnage m'a quand même permis de voir que le rythme global reste efficace, que la relation entre Clark et Lois Lane fonctionne bien (même si elle est trop rapide), et qu'on ne s'ennuie pas. C'est un divertissement généreux, mais qui manque cruellement de maturité, de grandeur et de vraie personnalité. Dommage de gâcher un tel potentiel avec un scénario décousu, des héros secondaires parasites qui squattent l'écran, et une VF qui donne envie de dormir.


Les + :

Un rythme efficace et des scènes d'action généreuses.

La complicité et le charme du duo Clark / Lois.

Krypto, qui apporte une vraie touche d'émotion et de fraîcheur.


Les - :

Un film qui s'oublie si vite qu'il faut le revoir une seconde fois pour s'en souvenir.

Un scénario "feignant" qui fait beaucoup d'explications orales plutôt que de nous montrer les choses.

La VF de Superman, d'une mollesse et d'un ennui mortels.

Le costume de David Corenswet, trop lourd et "cosplay", qui gâche son incroyable travail physique face au costume parfait de Henry Cavill.

Le traitement de Lois Lane qui manque d'épaisseur face aux performances d'Erica Durance et d'Amy Adams.

Le traitement expédié de Krypton face aux réussites de Man of Steel et Smallville.

La Forteresse de Solitude, stérile et sans magie, qui ressemble à une clinique médicale.

Ultraman, un clone "punching-ball" sans aucune âme face au Bizarro tragique ou à l'Ultraman charismatique de Smallville. Un Lex Luthor qui souffre énormément de la comparaison avec la version tragique et complexe de Smallville.

L'overdose de super-héros secondaires agaçants (comme Guy Gardner) qui polluent le récit et transforment le film en catalogue promotionnel.

Ice-Cook
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le 3 juil. 2026

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