Le Superman de James Gunn est sans doute le film de 2025 que j’attendais le plus.
Il lance le nouveau DC Universe, et j’ai suivi sa production de très près. À sa sortie, il a beaucoup divisé le public à cause de la vision du réalisateur pour le personnage principal. Personnellement, j’ai beaucoup aimé cette approche. Après plusieurs années de Snyderverse, qui proposait un Superman très sombre et grave, j’ai trouvé rafraîchissant de retrouver le héros dans son essence profonde : naïf, lumineux et profondément compatissant. On découvre ainsi un Superman plus humain et plus vulnérable.
C’est d’ailleurs cet aspect qui a le plus divisé le public, le fait que Kal-El semble relativement faible. Mais cela ne m’a pas dérangée. Dès le début, il est expliqué qu’il n’est Superman que depuis trois ans sur Terre et qu’il ne s’est pas complètement régénéré dans la Forteresse de Solitude après avoir été battu par le Marteau de Boravie ; cela justifie le fait qu’il se fasse laminer plusieurs fois par ses ennemis. En réalité, il est encore en phase d’apprentissage pendant les événements du film, et sa réputation commence déjà à être fragilisée.
Cette vulnérabilité, que certains interprètent comme une faiblesse ou même comme une « émasculation » du personnage, me semble au contraire intéressante. James Gunn propose ainsi une autre idée de la force : la retenue. Dans un monde où la violence est omniprésente, montrer un héros capable de se contenir et de choisir la compassion est une idée très forte. C’est pour cela que j’apprécie cette version de Superman. Elle propose un modèle de virilité à la fois fort et bienveillant, doux et protecteur. Plus que jamais, ce héros incarne la paix et l’espoir.
L’acteur David Corenswet, qui incarne l'Homme d'acier, m’a aussi beaucoup impressionnée. Il possède toutes les qualités nécessaires pour le rôle : du charme, du charisme et un vrai capital sympathie. Sa performance est excellente et elle a réveillé l’enfant en moi. On sent également qu’il comprend très bien la vision optimiste et colorée de James Gunn. Par exemple, c’est lui qui a insisté pour que Superman retrouve le fameux slip rouge par-dessus son costume, afin de donner au héros une image plus accessible et moins prétentieuse. Grâce à cela, il réussit à rendre Superman attachant et captivant, aussi bien sous l’identité de Clark Kent que sous celle de Kal-El.
Il n’est d’ailleurs pas le seul acteur marquant du film. Rachel Brosnahan, qui joue Lois Lane, ne m’avait pas totalement convaincue lors de mon premier visionnage (car oui, je suis allée voir le film deux fois au cinéma), mais finalement, j’ai beaucoup apprécié son interprétation. Elle incarne très bien l’intrépidité et le caractère mordant de la célèbre journaliste. De plus, son duo à l’écran avec David Corenswet fonctionne parfaitement, notamment dans la scène de l’interview chez elle, qui est l’une de mes préférées.
Ce que j’ai surtout aimé, c’est l’écriture de son personnage. Lois Lane n’est ni une demoiselle en détresse ni une Mary-Sue agaçante. C’est une femme moderne, proactive, à qui il arrive de douter de sa relation amoureuse mais qui, la seconde d'après, est capable de foncer dans un monde parallèle pour sauver son petit ami. Ça la rend cool.
J’ai aussi plutôt apprécié le Justice Gang, même si certains points m’ont laissé plus mitigée. Le running gag autour du nom de leur groupe, que personne ne semble vraiment aimer à part Green Lantern, s'épuise vite. De la même façon, le côté prétentieux de Green Lantern finit par lasser, d’autant plus qu’il semble être aussi le seul à ne pas se rendre compte du ridicule de sa coupe de cheveux. L’acteur en question paraît d’ailleurs un peu trop âgé pour le rôle, même si je ne connais pas bien le personnage de base.
Du côté de Hawkgirl, elle reste pas mal pendant une bonne partie du film, avant de basculer vers un comportement presque sadique sur la fin, ce qui peut sembler un peu abrupt. Même Trump ne s'est jamais permis ça !
En revanche, Mister Terrific sort clairement du lot. L’acteur est excellent et parvient à transmettre toute l’intelligence et la singularité du personnage. Il bénéficie en plus d’une des meilleures scènes d’action du film, ce qui donne vraiment envie de le revoir dans les prochains volets.
Impossible également d’imaginer un film sur Superman sans son ennemi juré, Lex Luthor. Interprété par Nicholas Hoult, le personnage est ici particulièrement intéressant. Il passe progressivement de stratège froid à une figure quasi-pathétique de hater obsessionnel envers Superman ; une évolution savoureure à observer. Je serais d'ailleurs étonnée qu'il n'existe aucun yaoi sur ces deux-là, tant leur jeu du chat et de la souris s'y prête.
Bref. Grâce à sa milice robotisée baptisée PlanetWatch, ce dernier met ici en œuvre des stratégies toujours plus agressives pour détruire le héros, allant jusqu’à instrumentaliser ses origines pour le discréditer.
Cela mène au twist controversé du film :
la révélation du véritable message laissé par les parents kryptoniens de Kal-El. Dans cet enregistrement, ils encouragent leur fils à régner sur les humains. Cette idée m’a laissé assez partagée. Car si, d'un côté, elle permet de développer une morale intéressante comme quoi nos origines ne déterminent pas forcément ce que nous devenons, de l’autre, elle provoque un malentendu général autour de Superman que je trouve un peu exagéré. Il est difficile de croire que les gens puissent se retourner aussi facilement contre quelqu’un qui les a protégés pendant des années.
Le film souffre également d’un autre défaut : son traitement du conflit géopolitique entre la Boravie et le Jarhanpur. Cette guerre, qui semble être une allégorie du conflit à Gaza, est présentée de manière très simpliste. On a l’impression d’un affrontement caricatural entre un pays de « méchants » et un peuple de « gentils ». Cela manque clairement de nuance.
Une scène m’a particulièrement choquée : lorsque Hawkgirl assassine le président boravien. Même si ce dirigeant est présenté comme un tyran, le fait qu’un super-héros décide seul de tuer un chef d’État pose un problème moral. Son geste ne peut qu'aggraver la méfiance des gens envers les méta-humains. J’espère donc que cet acte aura des conséquences dans les prochains films, car il soulève une question importante : les super-héros ont-ils le droit de faire justice eux-mêmes ?
Malgré ces défauts scénaristiques, le film possède de nombreuses qualités. Son style visuel, avec ses couleurs très saturées, est particulièrement réussi et donne au film une identité à la fois rétro et moderne. Le ton mélange habilement humour, action et émotion. La présence du super-chien Krypto apporte une touche de légèreté relativement agréable.
Les scènes d’action sont aussi bonnes. Elles sont dynamiques, inventives et portées par des effets spéciaux parfaitement maîtrisés.
J’ai adoré la scène où Superman affronte les Raptors en utilisant sa vision laser tout en tournoyant dans les airs.
Au final, malgré un scénario parfois simpliste et certaines idées maladroites, Superman reste pour moi une assez belle réussite. Le film réussit à redonner au héros sa dimension la plus essentielle : celle d’un symbole d’espoir, de bonté et d'unité. Grâce à sa vision lumineuse, à son casting convaincant et à son énergie communicative, James Gunn propose une version de Superman profondément humaine et inspirante. Et dans une époque où les figures héroïques sont souvent cyniques ou violentes, voir un héros qui croit encore sincèrement en la gentillesse et en la paix est peut-être ce dont le public a le plus besoin.