Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

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Aluminium Man: le Super-héros des Démocrates et des réseaux sociaux

Souhaitez-vous voir un Superman dont la seule faille est la kryptonite ... et les nanorobots et les chiens et les flics et l'obscurité et lui-même et le soleil rouge ?

Souhaitez-vous voir une Supergirl poivrote qui parle comme une racaille de banlieue ?

Souhaitez-vous voir un Lex Luthor qui joue à la bataille navale avec Metropolis pour montrer sa surpuissance intellectuelle qui n'a d'égale que sa mégalo, sa malchance à la roulette russe, sa jalousie, ses crises de colères hitlériennes, son Guantánamo de poche pour enfermer ses ex ?

Souhaitez-vous voir un film intitulé Superman mais dont le véritable héros est Mr Terrific ?

Si oui, alors, vous êtes au bon endroit.

Si vous préférez l'homme d'acier entre Jésus et Achille, seul héros de son propre film, qui ne souffre que de la kryptonite, aux prises avec un Lex Luthor érudit et esthète, cynique et prince du crime, on confirmera que rien ne vaut la version avec Christopher Reeve, qui a dépassé ses deux prédécesseurs - Kirk Allyn et Georges Reeves - et qu'aucun de ses successeurs n'a détrôné de Brandon Routh à David Corenswet en passant par l'élu de Reeve Tom Welling ou encore Henry Cavil et Tyler Hoeshlin.


Entendons-nous bien: il y a du très positif dans cette itération de Superman mais parasité par bien trop de très mauvais.


Pour ce qui est du positif, on saluera le retour d'un personnage et d'un univers plus diurne, sucré, très comics et coloré. On saluera également la réorchestration hommage au thème de John Williams et, avouons-le, contre tous leurs détracteurs, les visuels plutôt brillants, proposant un gigantisme qui, sans valoir celui propre à tout film de Snyder, en impose clairement.

Saluons une part de son humour bienvenu en évitant soigneusement de souligner combien il peut parfois dégouliner aussi de façon assez baveuse. Mais il y a quelques petits bons points, question humour.

Nicolas Hoult, apparemment assez déprécié en Lex Luthor, s'en sort bien mieux que son partenaire campant Clark Kent mais souffre de ce dont souffre vraiment le métrage.


Ce dont souffre le métrage, c'est son parti pris politique démocrate bien bourré de moraline, caché derrière des clefs que, d'ailleurs, Gunn a affirmé avant de se rétracter et de prétendre qu'il n'y avait rien de tout cela tout en conjecturant sur les points qu'il avait lui-même avancés comme politiques et même, disait-il "wokes".

En marge, on notera déjà le fait que Superman se voit voler la vedette - à deux séquences exceptées, imbriquées l'une dans l'autre, d'ailleurs - par les autres super-héros présents, notamment Mr Terrific, véritable héros du métrage, et Krypto, le chien de Supergirl, véritable second héros du film. Bien qu'annoncé dès le départ par un Superman au tapis en ouverture de récit, cela est problématique dans un œuvre dont il est le héros éponyme ... Cela sans parler d'un "duel" final avec Luthor qui ne sera pas sans rappeler celui, marvelien, qui "oppose" Loki et Hulk dans le premier opus des Avengers. À croire que tous les transfuges du MCU cherchent à saborder de le DCU de l'intérieur ...

On passera aussi sur le piètre tandem Jonathan-Martha Kent - réduits d'ailleurs à Ma et Pa Kent, c'est dire ! - en petits vieux gâteux dont tout le monde se moque en direct au Daily Planet !

Non, ce qui rend l'expérience du film vraiment désagréable, ce qui aurait pu être évité ou tourné autrement pour faire briller le métrage, c'est son côté propagande non pas "woke" comme disent certains détracteurs de Gunn et même Gunn lui-même mais démocrato-pro-Palestinien, décolonialiste, bref "islamogauchiste" et "panafricain" comme on dirait en France.

Car si les Kent subissent un traitement plus que déplaisant, que dire des El, dont le langage kryptonien se calque sur l'arabe, dont les vêtements quoique futuristes font aussi très us et coutumes du Moyen-Orient et dont le message de paix s'avère un message métaphoriquement martial comme peut s'avérer par sourates le Coran ? Pas convaincu ? James Gunn a pensé à vous en faisant suivre la révélation de Luthor par une rumeur qui voudrait que Superman vole les femmes des humains pour se constituer un ... harem ???? Superman, jadis christique, fauteur de paix et protecteur de la veuve et de l'orphelin, récupérant les avions en chute et empêchant que ne déraillent les trains, le voici en migrant musulman incompris en raison de ses origines qu'il récuse, n'ayant gardé d'elles que l'aspect pacifique, l'aspect guerrier étant agité par le méchant Luthor, qui se désigne lui-même comme incarnant le gouvernement américain, pour lui nuire auprès du public.

Ce n'est pas tout: cette nouvelle aventure de Superman tourne exclusivement autour d'une guerre entre deux contrées qui, sous clefs, représentent Israël/la Russie et la Palestine/l'Ukraine avec un manichéisme vomitif qui voit le premier comploter avec l'Impérialiste Américain pour se partager le territoire des mélodramatiquement caricaturaux pauvres gens du peuple opposé, composé à majorité de vieillards et d'enfants ... on jurerait la propagande d'un autre temps dépoussiérée pour des enjeux bien actuels. Reste savoureux ce paradoxe d'adapter le héros d'auteurs Juifs aux accents chrétiens en héros défendant des quasi-musulmans contre des quasi-Juifs !

Jusqu'au twist, car il y en a un - qui s'en veut un, du moins - qui révèle un Luthor, en méchant fadasse des derniers James Bond à la sauce Daniel Craig, qui n'aurait fomenté cette guerre que pour atteindre Superman ... ce qui est ridicule quand on voit combien, tout au long du film, il n'a guère besoin d'elle pour atteindre l'homme en aluminium ! Le but étant de verser dans le complotisme suivant: les guerres susnommées, dans notre monde, seraient, à l'image du complot de Luthor, fomentées par l'International Réactionnaire uniquement pour nuire à l'image des migrants ... on touche effectivement au pathétique !


Un point intéressant tout de même: ce Superman fait le choix de la transposition dans un contexte résolument plus moderne, farcissant Métropolis et le Daily Planet d'écrans, faisant de l'espace réel un forum de réseaux sociaux où l'enjeu réel est la réputation: Luthor détruit celle de Superman puis Olsen détruit celle de Luthor par le biais de médias omniprésents et de vidéos ou dossiers compromettants.

Mieux encore, Luthor use d'une armée de trolls, que n'aurait pas dédaigner Allan Poe, métaphore des "rageux" de commentaires ou "trolls". Parallèle assez amusant, en France, à faire avec le parti sympathisant à la propagande gunnienne, dont on a pu apprendre récemment (notamment dans le livre La Meute) qu'il disposait, aux ordres du directeur de la communication, d' une "armée des 100 trolls" ! Quand nous étions plus jeunes, Bastien, je ne te voyais pas devenir comme Lex Luthor !


Un film donc bien ancré dans le réel et qui trouve sa réelle force dans la satire d'un monde surmédiatisé à l'extrême, où chacun doit correspondre à une image qu'on attend de lui ou qu'il souhaite se donner, au point de se haïr entre quidam comme au sein d'une équipe et même au sein d'un couple. La satire, en somme, d'un monde bien adulescent qui souffre de ne plus être capable de passer à l'âge adulte, qui souffre de ne vivre que de propagande, de politique et de cyberharcèlement, qui contraint tout un chacun à se positionner pour des questions trop complexes pour l'individu, le tout à la façon d'un match de foot: comment ne pas voir dans la lutte de Superman dans un stade pour se défaire des nanorobots projetés dans son organisme, qui lui parasitent les viscères et l'amènent à étouffer un réquisitoire de l'intox des médias qui empêche l'individu à vivre de choses simples et authentiques, réellement à sa mesure ?


Un film qu'on engagera donc à aller voir comme une bonne satire sociale et comme une parodie bancale peut-être de l'Homme d'acier, en essayant de se défaire de sa part de propagande, pour une expérience qui ne fasse regretter ni Reeve ni un temps où les films de divertissement faisaient simplement passer un bon moment tout en faisant réfléchir à des sujets véritablement universels et sans partis pris.

Frenhofer
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le 17 août 2025

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